Lualaba : à Kasulo-Rail, cinq creuseurs artisanaux meurent asphyxiés dans un puits minier

Kolwezi — Cinq exploitants miniers artisanaux ont perdu la vie dans un accident survenu dans un puits situé au quartier Kasulo-Rail, à Kolwezi, dans la province du Lualaba. Le drame, survenu dans une zone résidentielle où l’exploitation artisanale se pratiquait clandestinement, relance les interrogations sur la sécurité des activités minières dans les quartiers habités.

Le bilan est lourd : cinq morts. Selon les premières constatations consignées dans un rapport circonstancié de la direction provinciale du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE), les victimes auraient été asphyxiées après qu’un feu a été allumé au fond d’une galerie minière.

Le drame s’est produit dans une parcelle appartenant à un particulier. Le puits, d’une profondeur d’environ 17 mètres, donnait accès à une galerie qui s’étendait sur près de sept mètres. C’est dans cette partie souterraine que plusieurs des victimes ont été retrouvées.

Un feu au fond de la galerie

Les premières investigations réalisées sur place orientent les enquêteurs vers un scénario d’asphyxie provoquée par les conditions régnant dans la galerie.

Selon le rapport du SAEMAPE, les exploitants artisanaux auraient allumé un feu au fond du puits. Cette combustion aurait contribué à réduire la quantité d’oxygène disponible dans l’espace souterrain, exposant les personnes présentes à un risque mortel.

Quatre corps ont été remontés de la galerie le jeudi 1er octobre. Le corps du superviseur du puits avait, lui, été retrouvé la veille dans une pièce d’une habitation située à proximité du site.

L’accident illustre ainsi les dangers auxquels sont exposés les creuseurs opérant dans des puits artisanaux, particulièrement lorsque ceux-ci sont aménagés dans des espaces résidentiels et sans dispositif approprié de ventilation ou de sécurité.

Le SAEMAPE mobilisé après l’accident

Dès qu’il a été alerté, l’encadreur-chef du site de Kasulo a saisi sa hiérarchie. Une équipe du SAEMAPE conduite par son directeur provincial, Georges Nyembo Kitungwa, s’est rendue sur les lieux afin de constater les circonstances de l’accident et d’accompagner les opérations de récupération des dépouilles.

Le ministre provincial des Mines, de l’Environnement et du Développement durable, Nicodème Wamana, a également effectué une descente sur le site.

Après les constatations effectuées par l’officier de police judiciaire, les corps des victimes ont été transportés à la morgue de l’Hôpital général de référence de Mwangeji.

Une exploitation artisanale hors du dispositif d’encadrement

Au-delà du bilan humain, le rapport du SAEMAPE pointe une autre réalité : le site concerné se trouve dans une zone qui n’est pas encadrée par le service.

L’exploitation minière artisanale y aurait donc été menée de manière clandestine, dans un environnement résidentiel. La parcelle où se trouve le puits a été scellée dans l’attente de la poursuite des investigations.

Pour le SAEMAPE, la priorité est désormais de mettre un terme aux activités minières artisanales illicites dans cette zone afin d’éviter qu’un nouveau drame ne survienne.

Mais le service estime également que la réponse ne peut pas se limiter à l’interdiction.

Étendre la ZEA pour sortir de la clandestinité ?

Dans ses recommandations, le SAEMAPE propose notamment d’envisager l’extension de la Zone d’exploitation artisanale (ZEA) 786 ou, à défaut, la création d’une nouvelle ZEA.

L’objectif serait de permettre aux exploitants actuellement actifs de manière clandestine d’exercer dans un espace légalement reconnu et soumis à un dispositif d’encadrement.

Une telle mesure devrait toutefois être accompagnée d’un processus de délocalisation des habitants installés dans les zones concernées, compte tenu de la proximité entre les habitations et les activités minières.

Cette proposition pose donc une question plus large pour Kolwezi : comment concilier l’importance économique de l’exploitation artisanale avec les impératifs de sécurité et d’aménagement urbain ?

Le défi de la sécurité dans les zones résidentielles

L’accident de Kasulo-Rail rappelle les risques liés à l’ouverture et à l’exploitation de puits miniers dans des espaces habités.

Dans ces zones, la proximité des habitations, l’absence d’encadrement technique et les conditions parfois précaires de travail peuvent accroître considérablement les risques pour les exploitants comme pour les populations environnantes.

Pour les services compétents, l’enjeu est désormais d’empêcher la répétition de tels accidents en renforçant le contrôle des sites, en organisant les exploitants artisanaux et en identifiant des espaces adaptés à leur activité.

À Kasulo-Rail, le bilan de cinq morts donne une dimension particulièrement dramatique à cette problématique. Il souligne surtout l’urgence d’une réponse permettant de réduire les activités minières clandestines dans les quartiers résidentiels, tout en offrant aux creuseurs artisanaux des espaces légalement identifiés et mieux encadrés.

RACHEL KAMWANYA

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