
Kinshasa, 24 octobre 2026 – Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a réuni, samedi, les députés nationaux et les sénateurs membres de l’Union sacrée de la Nation, dans un contexte marqué par les tensions sécuritaires dans l’Est du pays, les divergences politiques autour de la Constitution et la confrontation grandissante avec son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange.
Au cours de cette rencontre, plusieurs dossiers majeurs ont été abordés, notamment la préparation d’un dialogue national, les perspectives d’une éventuelle réforme constitutionnelle, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC et les relations tendues entre Kinshasa et Kigali. Devant sa majorité parlementaire, le chef de l’État a également durci son discours à l’égard de Joseph Kabila, dont le rapprochement avec le Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme issu de l’AFC/M23, suscite de vives réactions au sein du pouvoir.
Cette réunion intervient à un moment décisif de la vie politique congolaise, alors que les débats sur l’avenir institutionnel du pays prennent une nouvelle ampleur.
Un dialogue national annoncé pour la semaine prochaine
Félix Tshisekedi a annoncé la mise en place, dès la semaine prochaine, d’une équipe chargée de préparer le dialogue national. Le président de la République a demandé aux élus de l’Union sacrée de sensibiliser leurs électeurs sur les objectifs de cette initiative.
Selon les propos rapportés à l’issue de la rencontre, le chef de l’État présente ce processus comme un moyen de rétablir la normalité institutionnelle, de renforcer le fonctionnement de l’État et de parvenir à une paix véritable et durable.
Cette annonce intervient alors que la RDC reste confrontée à une crise sécuritaire persistante dans sa partie orientale, où les affrontements armés continuent de provoquer des déplacements de populations et de fragiliser l’autorité de l’État dans plusieurs zones.
La question de la participation des différentes forces politiques à ce dialogue sera déterminante. L’opposition, les acteurs de la société civile et les autres composantes de la société congolaise pourront-ils prendre part aux discussions dans des conditions susceptibles de favoriser un consensus national ?
Pour l’heure, les contours précis de ce processus, son calendrier détaillé et les modalités de participation des différentes parties restent à clarifier.
L’enjeu est de taille : faire du dialogue un véritable instrument de décrispation politique plutôt qu’un nouveau terrain d’affrontement entre les protagonistes de la scène politique congolaise.
Constitution : Tshisekedi assume ses réserves
La question constitutionnelle a également occupé une place importante dans les échanges entre le président et les élus de sa majorité.
Selon une source présente à la réunion, Félix Tshisekedi aurait déclaré : « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez. »
Cette déclaration, si elle est confirmée dans son intégralité, est susceptible de relancer les controverses autour d’une éventuelle révision de la Constitution du 18 février 2006.
D’après les propos rapportés, le chef de l’État aurait estimé que la décision de modifier la loi fondamentale relevait de la responsabilité des acteurs compétents. Il aurait également indiqué que, si aucune modification n’était décidée d’ici à 2028, il s’arrêterait là.
Le président aurait, dans le même temps, insisté sur son intention de ne pas dépasser les limites constitutionnelles de son mandat, invitant ses partisans à ne pas confondre le débat sur la gouvernance du pays avec son avenir politique personnel.
Ces déclarations interviennent au lendemain de l’adoption, par l’Assemblée nationale, du texte fixant les modalités d’organisation du référendum en RDC. Le texte doit encore poursuivre son parcours parlementaire, notamment au Sénat.
Le débat constitutionnel prend ainsi une nouvelle dimension, entre ceux qui défendent la possibilité de revoir certaines dispositions de la loi fondamentale et ceux qui redoutent que cette démarche ne ravive les tensions autour de l’alternance démocratique.
À ce stade, les propos rapportés du président ne constituent pas, à eux seuls, une annonce formelle de modification de la Constitution. Ils témoignent néanmoins de l’importance de cette question dans les discussions politiques actuelles.
Joseph Kabila directement visé par le chef de l’État
L’autre temps fort de la rencontre concerne les attaques verbales de Félix Tshisekedi contre Joseph Kabila.
Le président congolais a vivement critiqué son prédécesseur à la suite de son rapprochement avec le Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté dans les informations rapportées comme issu de l’AFC/M23.
Pour Félix Tshisekedi, ce positionnement soulève une question fondamentale au regard des responsabilités passées de l’ancien chef de l’État, qui a dirigé la RDC pendant dix-huit ans.
Selon les propos rapportés, le président aurait reproché à Joseph Kabila de retourner les armes contre la République qu’il a lui-même dirigée, estimant qu’un tel comportement démontrerait qu’il n’aurait jamais véritablement aimé le pays. Il l’aurait également qualifié de « peureux ».
Le chef de l’État aurait, par ailleurs, soutenu que son prédécesseur avait été contraint de sortir de sa réserve afin de donner une apparence congolaise à ce que Kinshasa considère comme une agression contre la RDC.
Ces déclarations illustrent la profondeur de la rupture politique entre les deux hommes. Alors que leurs relations avaient connu une période de coopération au début du mandat de Félix Tshisekedi, les divergences se sont progressivement accentuées.
Aujourd’hui, la question de la place de Joseph Kabila dans le paysage politique congolais se mêle directement aux enjeux de souveraineté nationale et de sécurité dans l’Est.
Les accusations formulées par le chef de l’État doivent toutefois être distinguées des faits judiciairement établis. Elles traduisent avant tout la position politique de la présidence face à un ancien dirigeant dont le positionnement actuel est devenu une source majeure de confrontation.
Paul Kagame et la bataille diplomatique autour de la RDC
La situation régionale a également été abordée au cours de cette réunion.
Évoquant le président rwandais Paul Kagame, Félix Tshisekedi aurait estimé que ce dernier avait pris une avance considérable sur la RDC dans la bataille de l’image internationale, en cherchant, selon lui, à discréditer les institutions congolaises auprès des partenaires étrangers.
Le président congolais affirme avoir inversé cette dynamique et soutient que les efforts entrepris par son gouvernement rendent désormais plus difficile le pillage des ressources naturelles du pays.
Cette lecture s’inscrit dans un contexte de relations tendues entre Kinshasa et Kigali, marqué notamment par les accusations congolaises concernant le soutien du Rwanda à la rébellion de l’AFC/M23, accusations que Kigali a contestées à différentes occasions.
Pour les autorités congolaises, la bataille ne se limite pas au terrain militaire. Elle se joue également sur le plan diplomatique, économique et médiatique, avec pour objectif de défendre la souveraineté nationale et de mobiliser davantage de soutien international.
La protection des ressources minières, la sécurisation des zones d’exploitation et le renforcement des mécanismes de traçabilité constituent également des enjeux majeurs pour un pays dont les richesses naturelles demeurent au cœur des rivalités régionales.
Reste à savoir si les avancées diplomatiques revendiquées par Kinshasa se traduiront par des résultats durables sur le terrain.
FARDC : le président affiche sa confiance malgré les infiltrations
Sur le plan militaire, Félix Tshisekedi s’est montré confiant dans les capacités des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Selon les déclarations rapportées à l’issue de la rencontre, le chef de l’État estime avoir repris l’armée en main et affirme que celle-ci monte progressivement en puissance.
Il aurait toutefois reconnu la persistance des infiltrations, tout en assurant que la situation générale reste sous contrôle.
Cette position traduit la volonté du président de rassurer sa majorité politique face aux inquiétudes suscitées par la poursuite des violences dans l’Est du pays.
Néanmoins, la crédibilité de ce discours sera appréciée à l’aune de l’évolution de la situation sécuritaire sur le terrain, notamment en ce qui concerne la protection des populations civiles, la maîtrise des territoires affectés par les affrontements et la restauration de l’autorité de l’État.
La crise sécuritaire demeure en effet l’un des principaux défis auxquels le pouvoir congolais est confronté. Elle exige non seulement des réponses militaires, mais également des initiatives diplomatiques et politiques capables de s’attaquer aux causes profondes des conflits.
L’Union sacrée appelée à défendre la ligne présidentielle
En réunissant les députés nationaux et les sénateurs de l’Union sacrée, Félix Tshisekedi cherche également à consolider la cohésion de sa majorité autour des principaux dossiers de l’heure.
L’appel lancé aux élus pour expliquer le sens du dialogue national à leurs électeurs témoigne de la volonté de la présidence de préparer le terrain politique à cette initiative.
La majorité présidentielle devra notamment clarifier sa position sur trois questions essentielles : les conditions d’un dialogue inclusif, les perspectives d’évolution de la Constitution et la stratégie à adopter face à la crise sécuritaire.
Cette mobilisation intervient alors que les débats autour du référendum et d’une éventuelle réforme constitutionnelle risquent d’accentuer les divergences entre les différentes forces politiques du pays.
Pour l’Union sacrée, le défi sera de préserver son unité tout en apportant des réponses concrètes aux attentes de la population, confrontée à l’insécurité, aux difficultés économiques et aux préoccupations liées à la gouvernance.
Un tournant politique aux multiples enjeux
La rencontre du 24 octobre 2026 marque une nouvelle étape dans la stratégie politique de Félix Tshisekedi.
En annonçant la préparation d’un dialogue national, en abordant ouvertement la question constitutionnelle et en durcissant son discours contre Joseph Kabila, le président place plusieurs dossiers sensibles au centre de l’agenda politique congolais.
Toutefois, plusieurs interrogations restent en suspens. Le dialogue national permettra-t-il de rapprocher les positions entre le pouvoir et les autres forces politiques ? Le débat constitutionnel débouchera-t-il sur une initiative concrète ? Et les efforts militaires et diplomatiques annoncés permettront-ils d’améliorer durablement la situation sécuritaire dans l’Est du pays ?
Les réponses à ces questions dépendront notamment des prochaines décisions des institutions, de la composition de l’équipe préparatoire au dialogue et de la capacité des protagonistes à privilégier des solutions politiques durables.
Entre dialogue national, débat constitutionnel et confrontation avec Joseph Kabila, Félix Tshisekedi se trouve désormais face à un exercice d’équilibre délicat : consolider les institutions, défendre la souveraineté nationale et préserver la stabilité politique de la RDC.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer la portée réelle de ses annonces et savoir si cette nouvelle séquence ouvrira la voie à une décrispation politique ou à une intensification des tensions.
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