
Réunie dans la capitale italienne du 25 au 27 octobre 2026, la Coalition Article 64 (C64) a rendu publique une déclaration politique particulièrement offensive sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo. La plateforme, qui rassemble notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, rejette toute perspective de changement de Constitution susceptible, selon elle, de remettre en cause l’alternance démocratique. Face à la persistance du conflit armé et aux tensions politiques, elle propose une initiative de dialogue impliquant Félix Tshisekedi et Joseph Kabila.



Par la Rédaction
Une déclaration de Rome aux accents de mise en garde
La Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) entend peser dans le débat politique congolais. À l’issue de son conclave tenu à Rome, du 25 au 27 octobre 2026, son présidium a publié une déclaration en quinze points dans laquelle il expose ses préoccupations sur la situation politique, sécuritaire et humanitaire du pays.
Créée le 19 mai 2026, cette coalition affirme avoir évalué ses actions depuis sa naissance, tout en examinant les conséquences de la poursuite du conflit armé dans l’est de la RDC, les risques de fragmentation territoriale et les controverses autour d’un éventuel changement de Constitution.
Dans ce document, les signataires défendent une ligne politique articulée autour de quatre priorités : la primauté de la Constitution, la recherche de la paix par un dialogue national inclusif, la protection des libertés publiques et le lancement d’une initiative politique et diplomatique pour sortir le pays de la crise.
La déclaration constitue également un appel adressé aux institutions, aux acteurs politiques et à la population congolaise, dans un contexte où la question de l’avenir institutionnel du pays demeure particulièrement sensible.
Révision constitutionnelle : la C64 défend les limites des mandats présidentiels
C’est l’un des principaux messages du conclave de Rome. La Coalition Article 64 s’oppose à toute démarche qui, selon elle, pourrait ouvrir la voie à une remise en cause des dispositions constitutionnelles encadrant les mandats présidentiels.
Réagissant à l’adoption, le 23 octobre 2026, après une nouvelle délibération de l’Assemblée nationale, du texte fixant les conditions d’organisation du référendum, la plateforme rappelle qu’une majorité parlementaire ne saurait s’affranchir des limites fixées par la Constitution.
Pour la C64, l’organisation éventuelle d’un référendum ne doit pas servir de moyen de contourner les dispositions constitutionnelles relatives au nombre et à la durée des mandats présidentiels.
La coalition rejette ainsi toute perspective de troisième mandat, tout report des élections prévues en 2028 ou toute stratégie susceptible de prolonger le maintien au pouvoir en dehors du cadre constitutionnel.
« Le respect de la Constitution s’impose à tous », soutient-elle en substance dans sa déclaration.
Les signataires estiment que la stabilité politique de la RDC dépend notamment du respect des règles institutionnelles et de la garantie d’une alternance démocratique.
Cette prise de position place la question constitutionnelle au centre du débat politique et traduit la volonté de la coalition de faire de la défense de l’ordre constitutionnel son principal cheval de bataille.
Félix Tshisekedi et Joseph Kabila appelés à se rencontrer
Au-delà de son opposition à toute modification constitutionnelle contestée, la C64 avance une proposition politique majeure : organiser des rencontres avec le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et l’ancien président Joseph Kabila Kabange.
Dans son point 13, la coalition annonce son intention de rencontrer les deux personnalités afin de rechercher une issue congolaise à la crise.
L’objectif affiché est de favoriser un véritable dialogue national inclusif, dans des conditions susceptibles d’être acceptées par les différentes parties, pour préserver les intérêts nationaux et éviter une aggravation des divisions.
Cette initiative intervient alors que les appels au dialogue se multiplient face à la persistance de l’insécurité, aux tensions entre acteurs politiques et aux difficultés humanitaires dans plusieurs régions du pays.
En proposant de s’adresser directement aux deux figures majeures de la vie politique congolaise, la C64 entend contribuer à une démarche de rapprochement politique.
Reste à savoir si cette initiative se traduira par des rencontres effectives et si les principaux acteurs concernés accepteront de s’engager dans un processus dont les modalités, la facilitation et les mécanismes de suivi restent à préciser.
L’est de la RDC au cœur des préoccupations sécuritaires
La déclaration de Rome accorde une place importante à la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire.
La coalition estime qu’aucune solution exclusivement militaire ne permettra de résoudre durablement la crise que traverse le pays. Elle appelle, en conséquence, à un dialogue national inclusif, à la cessation des hostilités et au renforcement de la cohésion nationale.
Concernant les discussions engagées dans le cadre du processus de Doha, la C64 demande des résultats concrets et vérifiables.
Elle insiste notamment sur le respect du cessez-le-feu, la mise en place d’un contrôle crédible de son application, la protection des populations civiles et la garantie d’un accès humanitaire aux personnes affectées par les violences.
La plateforme souhaite également que les questions de gouvernance soient intégrées aux discussions, en s’appuyant sur les six protocoles additionnels de Doha évoqués dans sa déclaration.
Elle réclame, par ailleurs, l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment en ce qui concerne le retrait des troupes étrangères du territoire congolais.
Pour les signataires, la recherche de la paix doit ainsi associer les impératifs sécuritaires, la protection des civils et le règlement politique des différends.
Accord de Washington : préserver les engagements stratégiques
La C64 se prononce également sur les engagements stratégiques issus de l’Accord de Washington.
La coalition affirme vouloir préserver les bénéfices attendus de ces engagements pour la RDC et les États-Unis, à condition que leur mise en œuvre s’accompagne de stabilité, d’un climat favorable aux affaires et d’une lutte effective contre la corruption.
Elle insiste toutefois sur la nécessité de respecter la Constitution congolaise du 18 février 2006, notamment son article 220, qu’elle considère comme une disposition fondamentale dans la défense de l’ordre constitutionnel.
Cette position traduit la volonté de la plateforme de concilier les partenariats internationaux avec la souveraineté nationale et le respect des règles institutionnelles.
La C64 estime, en substance, que les accords internationaux ne doivent pas être dissociés de la stabilité politique et de la légitimité démocratique des institutions congolaises.
Un dialogue national sans exclusion
Pour sortir de l’impasse politique, la coalition réclame l’ouverture d’un dialogue national inclusif réunissant toutes les parties prenantes, sans exclusion.
Elle souhaite que les modalités de ce processus soient définies de manière concertée, notamment en ce qui concerne sa composition, sa facilitation, son fonctionnement et le suivi des conclusions.
Pour la C64, ce dialogue doit poursuivre plusieurs objectifs : contribuer au retour de la paix, restaurer la confiance entre les acteurs politiques, garantir les libertés publiques et préserver les échéances constitutionnelles de 2028.
La coalition appelle également à la relance de la facilitation africaine conduite par l’Angola et le Togo, en coordination avec la médiation de l’Église du Christ au Congo (ECC) et de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Elle souhaite que les différentes initiatives diplomatiques en cours soient mieux articulées et accompagnées d’un calendrier précis ainsi que de mécanismes de vérification.
Cette proposition traduit une conviction centrale de la déclaration : la résolution de la crise congolaise nécessite une démarche politique structurée, capable de rapprocher les protagonistes et de garantir des engagements vérifiables.
Libertés publiques : la coalition dénonce les arrestations arbitraires
Dans son troisième axe, consacré aux libertés publiques et à la défense des victimes, la C64 demande une décrispation de la situation politique.
Elle réclame la cessation des arrestations qu’elle qualifie d’arbitraires, des intimidations et des entraves aux activités politiques pacifiques.
La coalition plaide également pour le retour des exilés et la libération des personnes qu’elle considère comme détenues arbitrairement en raison de leurs opinions ou de leur engagement civique.
Elle rappelle par ailleurs l’interdiction constitutionnelle des milices privées prévue à l’article 190 et demande notamment la dissolution de la milice qu’elle attribue au parti au pouvoir, les « Forces du progrès ».
Sur ce point, ces accusations et revendications relèvent de la position exprimée par la coalition dans sa déclaration.
Pour les signataires, la situation sécuritaire ne saurait justifier une restriction généralisée des libertés d’expression, de réunion et de manifestation.
La C64 entend ainsi replacer la protection des droits fondamentaux au cœur du débat sur la stabilité nationale.
Enquêtes indépendantes sur les violences et demandes de libération
La coalition réclame également l’ouverture d’enquêtes indépendantes et crédibles, notamment internationales, sur les violences qu’elle dénonce lors des manifestations du 12 juin et du 15 septembre 2026, ainsi que sur l’assassinat de Manassé Lomboto.
Elle demande que les responsabilités soient établies par une justice impartiale, que les victimes et les témoins bénéficient d’une protection adéquate et que les préjudices subis puissent être réparés.
Dans la même déclaration, elle exige la libération de Marley Vuvu, de Prince Epenge et de Stéphane Shiso.
Ces revendications s’inscrivent dans l’appel plus large de la coalition à la décrispation politique et au respect des droits fondamentaux.
Elles témoignent également de sa volonté de faire de la question des détenus, des victimes de violences et de la responsabilité des institutions un volet central de toute sortie de crise.
L’unité nationale et l’intégrité territoriale comme lignes rouges
La Coalition Article 64 réaffirme son attachement à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
Elle rejette toute perspective de balkanisation du pays et considère que la crise sécuritaire actuelle exige une réponse politique dépassant les clivages partisans.
Dans cette logique, elle appelle les Congolaises et les Congolais à privilégier le dialogue pour défendre la Constitution, les libertés, l’unité nationale et l’intégrité territoriale.
La coalition estime que la préservation du territoire national doit constituer une priorité commune, indépendamment des divergences politiques.
Elle présente ainsi le dialogue non comme un simple arrangement entre dirigeants, mais comme un moyen de préserver les fondements de l’État congolais et de prévenir une aggravation des divisions.
Cinq figures politiques derrière la déclaration de Rome
Le document rendu public le 27 octobre 2026 porte les signatures de cinq personnalités politiques : Martin Fayulu, de l’ECiDé ; Jean-Marc Kabund, de l’A.Ch. ; Moïse Katumbi, d’Ensemble ; Augustin Matata Ponyo, de LGD ; et Delly Sesanga, d’Envol.
La présence de ces figures au sein de la démarche donne à la déclaration une portée politique notable, compte tenu de leurs parcours respectifs et de leur opposition aux orientations qu’ils contestent.
Le conclave de Rome apparaît ainsi comme une tentative de structurer une position commune sur les questions constitutionnelles, sécuritaires et diplomatiques.
Toutefois, la capacité de la coalition à transformer ses propositions en initiatives concrètes dépendra notamment de sa capacité à obtenir des réponses des autorités, à dialoguer avec les autres parties prenantes et à faire converger les différentes démarches de médiation.
Quel impact sur l’avenir politique de la RDC ?
La déclaration de Rome intervient à un moment où plusieurs questions déterminantes se posent pour l’avenir de la République démocratique du Congo : le respect des échéances électorales de 2028, les limites constitutionnelles des mandats, la persistance du conflit armé et la recherche d’un consensus politique.
En annonçant son intention de rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, la C64 propose une initiative qui pourrait contribuer au débat sur les conditions d’un dialogue national.
Mais cette démarche soulève également plusieurs interrogations : les deux personnalités accepteront-elles de participer à ces échanges ? Les autres acteurs politiques et les parties impliquées dans les conflits seront-ils associés ? Quelles garanties permettront de traduire les conclusions d’un éventuel dialogue en engagements concrets ?
À ce stade, la déclaration expose les intentions de la coalition, sans établir qu’une rencontre entre les personnalités concernées a déjà été acceptée ou programmée.
Une chose ressort néanmoins clairement du conclave de Rome : la C64 entend faire du respect de la Constitution, de la défense des libertés publiques et de la recherche d’une solution politique négociée les piliers de son action.
Dans un pays confronté à de profondes tensions, le défi sera désormais de transformer les déclarations politiques en mesures concrètes, capables de restaurer la confiance, de protéger les populations et de préserver l’unité nationale.
Source : Déclaration de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, conclave de Rome, 25-27 octobre 2026.