
L’annonce de l’ouverture prochaine d’un dialogue politique inclusif en République démocratique du Congo continue de faire réagir la classe politique. Alors que le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a décidé d’engager le pays dans une nouvelle dynamique de concertation nationale, les principales composantes de l’opposition affichent des positions prudentes, tout en laissant entrevoir leur disponibilité à participer au processus, sous certaines conditions.
L’information a été rendue publique par le cardinal Fridolin Ambongo, qui a indiqué que le chef de l’État avait « levé l’option d’engager le pays dans un processus de dialogue inclusif ». Selon le prélat, une feuille de route détaillant les objectifs, les modalités et le calendrier de cette initiative sera prochainement publiée.
Le camp Kabila favorable, mais sous deux conditions
Le Front Commun pour le Congo (FCC), famille politique de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, s’est déclaré favorable au principe du dialogue. Toutefois, cette participation est conditionnée au respect de deux exigences jugées fondamentales.
La première est que le dialogue soit réellement inclusif, c’est-à-dire qu’il rassemble sans exclusion l’ensemble des forces politiques, sociales, religieuses et citoyennes concernées par l’avenir du pays. Pour le camp Kabila, un dialogue sélectif ou limité à certains acteurs ne permettrait pas d’aboutir à un consensus national crédible.
La deuxième condition est que le processus se déroule sans aucune condition préalable et sans être placé sous l’autorité morale ou politique d’une personnalité ou d’un camp politique. Le FCC estime qu’un dialogue ne peut produire des résultats durables que s’il est conduit dans un climat de neutralité, d’égalité entre les participants et de confiance mutuelle.
Cette position traduit une ouverture au dialogue, mais également une volonté de garantir un cadre jugé équilibré et acceptable par toutes les parties.
Martin Fayulu attend la position commune du C64
De son côté, Martin Fayulu, président de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé), refuse pour l’instant de se prononcer de manière définitive.Le leader de l’opposition a indiqué qu’il réserve sa réaction jusqu’à la tenue d’une réunion avec les instances de son parti ainsi qu’avec les responsables de la plateforme C64, qui regroupe plusieurs organisations politiques et citoyennes mobilisées notamment contre le projet de révision de la Constitution.
Cette démarche traduit la volonté de privilégier une décision concertée avant toute prise de position officielle sur l’offre de dialogue formulée par le chef de l’État.
Un tournant dans un climat politique tenduL’annonce de ce dialogue intervient après plusieurs mois de tensions politiques marquées par les débats autour de la réforme constitutionnelle, les appels à des manifestations de l’opposition, les revendications de diverses forces politiques ainsi que les nombreuses sollicitations des Églises et de la société civile en faveur d’un dialogue national.
En optant pour cette voie, le président Félix Tshisekedi semble répondre aux appels en faveur d’une concertation destinée à désamorcer les tensions et à rechercher des solutions consensuelles aux principaux défis politiques, institutionnels, sécuritaires et sociaux auxquels le pays est confronté.Une feuille de route très attendueLa réussite de cette initiative dépendra largement du contenu de la feuille de route annoncée par le cardinal Fridolin Ambongo.
Les acteurs politiques attendent notamment des précisions sur le format du dialogue, les participants, les mécanismes de facilitation, les garanties d’impartialité ainsi que les thèmes qui seront inscrits à l’ordre du jour.Les réactions du camp Kabila et de Martin Fayulu montrent que l’opposition ne ferme pas la porte au dialogue.
Toutefois, elle souhaite obtenir des garanties sur son caractère inclusif, indépendant et transparent avant de s’engager pleinement dans ce processus.Les prochains jours seront donc déterminants pour mesurer la capacité de cette initiative à rassembler les différentes sensibilités politiques autour d’une même table et à ouvrir une nouvelle étape dans la recherche d’un consensus national en République démocratique du Congo.
Joseph Malaba