Kasaï-Central : à Luiza, un collectif de journalistes alerte sur des soupçons d’exploitation aurifère illégale

Un rapport réalisé par un collectif de cinq journalistes d’investigation du Kasaï-Central met en lumière de présumées irrégularités dans l’exploitation aurifère dans plusieurs sites du territoire de Luiza. Quatre sociétés sont citées dans ce document qui appelle les autorités provinciales et nationales à clarifier la situation des titres miniers, la présence de certains opérateurs étrangers ainsi que la traçabilité des activités et des flux financiers liés à l’or.

L’exploitation de l’or dans le territoire de Luiza, au Kasaï-Central, fait l’objet de nouvelles interrogations. Dans un rapport publié ce week-end, un collectif composé de cinq journalistes d’investigation affirme avoir relevé plusieurs faits qu’il juge suffisamment préoccupants pour nécessiter des vérifications officielles.

L’enquête porte notamment sur les sociétés OXOR CAPITAL, SHASHEM et RECOPANE, citées à différents endroits du territoire. Les journalistes disent avoir effectué des descentes sur le terrain afin de documenter la nature des activités minières, les équipements utilisés ainsi que les documents présentés par les opérateurs.

Le collectif insiste toutefois sur le fait que certaines de ses constatations doivent désormais être confrontées aux informations détenues par les services compétents de l’État.

OXOR CAPITAL au centre des interrogations

À Kayembe, les enquêteurs affirment avoir découvert d’importants moyens matériels affectés aux activités minières. Ils citent notamment des dragues, des motopompes industrielles, des tracteurs ainsi que des équipements modernes de traitement et de tamisage.

La présence de sept ressortissants russes aurait également été constatée sur le site, selon le rapport.

D’après les journalistes, ces personnes auraient présenté un document de prospection daté du 10 août 2025. Le collectif s’interroge cependant sur la portée de cette pièce, affirmant que le périmètre concerné aurait été invalidé par les services techniques depuis le 27 mai 2015.

Le même document aurait été présenté aux enquêteurs à Lueta Poste.

Autre élément soulevé dans le rapport : à Kalamba-Mbuji, les journalistes disent avoir constaté l’arrivée de sept conteneurs de matériel attribués à OXOR CAPITAL.

Pour le collectif, ces différents éléments ne permettent pas, à eux seuls, de conclure définitivement à une exploitation illégale. Ils justifient néanmoins, selon lui, une clarification des autorités sur la validité des titres, la nature exacte des autorisations détenues et l’étendue des périmètres concernés.

SHASHEM : des activités minières sans titre présenté aux enquêteurs

Le rapport s’intéresse également à SHASHEM, notamment sur le site de Sankaji.

Selon les enquêteurs, la société y exploiterait deux dragues de grande capacité, accompagnées d’un groupe électrogène industriel.

Le point qui suscite le plus d’interrogations concerne l’absence, au moment de l’enquête, d’un titre d’exploitation valide présenté aux journalistes.

Le collectif affirme également que les populations riveraines vivent à proximité d’une activité minière importante sans, selon les témoignages recueillis, bénéficier de manière proportionnelle des retombées économiques annoncées.

Cette situation soulève une question plus large sur les mécanismes de redistribution des revenus issus de l’exploitation minière et sur les obligations sociales auxquelles sont soumises les entreprises opérant dans les zones aurifères.

RECOPANE : des documents existent, mais des vérifications restent nécessaires

À Mbangu, le cas de RECOPANE, également citée sous la dénomination REKOPANE RDC SARL, apparaît différent.

Contrairement aux situations précédemment évoquées, le collectif indique avoir identifié plusieurs documents administratifs liés aux activités de l’entreprise, notamment un arrêté ministériel, une autorisation provinciale et une attestation de prospection.

Les journalistes ne présentent donc pas RECOPANE comme une société opérant nécessairement sans documents.

Ils soulèvent plutôt une interrogation fondamentale : les autorisations détenues couvrent-elles effectivement l’ensemble des activités réalisées sur le terrain, les zones exploitées ainsi que les personnes et équipements présents sur les différents sites ?

Une question qui, selon le collectif, mérite une réponse des services techniques et administratifs compétents.

La traçabilité de l’or et des flux financiers en question

Au-delà de la situation particulière de chaque entreprise, le rapport pose également la question de la traçabilité de la production aurifère dans le territoire de Luiza.

Dans un secteur marqué par l’exploitation artisanale et industrielle, la traçabilité constitue un enjeu majeur pour déterminer l’origine de l’or extrait, son circuit de commercialisation, les acteurs intervenant dans la chaîne ainsi que les revenus générés.

Le collectif souhaite ainsi que les autorités compétentes puissent établir clairement quels opérateurs disposent de titres valides, quels périmètres leur sont légalement attribués et quelles quantités d’or sont effectivement produites et commercialisées.

Les autorités appelées à clarifier la situation

Face à ces révélations, les journalistes invitent les autorités provinciales et nationales à diligenter, si nécessaire, une mission de contrôle indépendante et documentée dans les sites concernés.

L’objectif serait notamment de vérifier les titres miniers, les autorisations administratives, les limites des périmètres, la conformité des équipements utilisés et les conditions dans lesquelles les travailleurs étrangers sont présents sur les sites.

Le rapport appelle également à une attention particulière sur la circulation des produits miniers et les flux financiers générés par l’exploitation aurifère.

Pour les auteurs de l’enquête, l’enjeu dépasse la seule question de la légalité administrative. Il concerne également la protection des ressources naturelles du Kasaï-Central, les intérêts des communautés locales et la capacité de l’État à assurer un contrôle effectif de son secteur minier.

En attendant d’éventuelles réactions des sociétés citées et des services compétents, le dossier de Luiza place une nouvelle fois la gouvernance minière au centre des préoccupations dans le Kasaï-Central.

Gilbert KABONGO

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