RDC : le RDPR refuse un « chèque en blanc » à Joseph Kabila et plaide pour un dialogue national inclusif

Face aux prises de position de l’ancien président Joseph Kabila sur la crise politique congolaise, le Rassemblement des démocrates et progressistes la République (RDPR), par la voix de son président national, Blaise Malonda Diulu, appelle à une sortie de crise fondée sur le respect de la Constitution, la responsabilité des acteurs politiques et un dialogue national véritablement inclusif, sous la facilitation de la CENCO et de l’ECC.

La crise politique en République démocratique du Congo continue de susciter des réactions au sein de la classe politique. Dernière prise de position en date, celle du Rassemblement des Démocrates et Progressistes pour la République (RDPR), qui exprime des réserves à l’égard des récentes déclarations de l’ancien président Joseph Kabila sur la situation politique et institutionnelle du pays.

Dans une déclaration politique, le parti dirigé par Blaise Malonda Diulu met en garde contre toute démarche susceptible d’accorder un « chèque en blanc » à un acteur politique, aussi important soit-il dans l’histoire récente du pays. Pour cette formation politique, la recherche d’une solution à la crise congolaise exige davantage qu’une succession de déclarations politiques : elle suppose un examen lucide des responsabilités, le respect de l’ordre constitutionnel et la construction d’un consensus national crédible.

Le RDPR estime ainsi qu’aucune personnalité politique ne peut prétendre incarner, à elle seule, la solution aux difficultés de la RDC. Une position qui place la responsabilité collective des dirigeants au cœur du débat sur l’avenir institutionnel du pays.

Joseph Kabila face au poids de son héritage politique

Sans contester à Joseph Kabila son droit de s’exprimer sur la situation nationale ni de proposer des pistes de sortie de crise, le RDPR considère que ses déclarations doivent également être appréciées à la lumière de son propre bilan politique.

L’ancien chef de l’État, qui a dirigé la RDC pendant plusieurs années avant de céder le pouvoir à Félix Tshisekedi en 2019, demeure une figure majeure de la vie politique congolaise. Son parcours et son rôle dans la transition politique ayant conduit à l’alternance au sommet de l’État constituent, selon le RDPR, des éléments incontournables de toute analyse sérieuse de la crise actuelle.

Pour le parti de Blaise Malonda Diulu, il serait donc insuffisant de dénoncer les difficultés présentes sans interroger également les décisions et les orientations politiques du passé.

Cette position ne revient pas à exonérer le pouvoir actuel de ses responsabilités. Le RDPR insiste plutôt sur la nécessité d’une lecture globale de la situation congolaise, dans laquelle les responsabilités des dirigeants actuels comme celles de leurs prédécesseurs doivent pouvoir être examinées.

Derrière cette mise en garde se dessine une exigence politique : éviter que la crise nationale ne devienne un instrument de repositionnement pour des acteurs désireux de retrouver une influence politique ou de défendre de nouvelles ambitions.

Le RDPR met en garde contre les arrangements politiques

Au-delà de la personne de Joseph Kabila, le RDPR exprime des préoccupations plus larges concernant les initiatives envisagées pour sortir le pays de l’impasse.

Le parti affirme qu’il ne soutiendra aucune démarche politique dont les objectifs, les mécanismes de fonctionnement et les garanties démocratiques ne seraient pas clairement définis au préalable.

Pour Blaise Malonda Diulu, la tenue de consultations politiques ne saurait constituer une fin en soi. Encore faut-il que les discussions débouchent sur des réponses concrètes aux préoccupations des Congolais et contribuent à restaurer la confiance entre les citoyens, les institutions et les différentes composantes de la classe politique.

Le RDPR met particulièrement en garde contre les initiatives qui se limiteraient à une redistribution des responsabilités au sein des institutions ou à des arrangements entre dirigeants, sans apporter de solutions aux difficultés structurelles du pays.

Dans cette perspective, le parti réaffirme son attachement à la démocratie, au respect de la Constitution, à la crédibilité des institutions et à la restauration de la confiance nationale.

Son message est clair : la sortie de crise ne doit pas être conçue comme une négociation entre quelques personnalités politiques, mais comme un processus visant à répondre aux aspirations de la population congolaise.

La CENCO et l’ECC au cœur de la proposition du RDPR

Pour sortir de la crise, le RDPR préconise l’organisation d’un dialogue national inclusif sous la facilitation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC).

Le choix de ces deux institutions religieuses traduit la volonté du parti de privilégier un cadre de concertation susceptible de favoriser l’écoute, l’apaisement et la recherche d’un compromis entre les différentes composantes de la nation.

Dans cette approche, le dialogue devrait réunir les acteurs concernés par la crise politique et institutionnelle, au-delà des clivages partisans et des rivalités entre personnalités.

L’objectif serait d’examiner les causes profondes des tensions nationales, d’identifier les blocages qui fragilisent la confiance politique et de rechercher des réponses durables dans le respect des principes démocratiques.

Pour le RDPR, la crédibilité d’un tel processus dépendra toutefois de son caractère réellement inclusif, de la transparence de ses mécanismes et de la capacité des participants à privilégier l’intérêt général.

La facilitation de la CENCO et de l’ECC est ainsi présentée comme une voie à privilégier pour favoriser les échanges et rapprocher les positions. Elle ne saurait cependant, à elle seule, garantir l’aboutissement des discussions : celui-ci dépendrait également de la volonté politique des différentes parties et de leur engagement à respecter les conclusions du processus.

Dialogue national ou partage du pouvoir : le RDPR trace une ligne rouge

L’un des points essentiels de la déclaration du RDPR réside dans la distinction qu’il établit entre un dialogue national et un éventuel partage du pouvoir.

Pour cette formation politique, les concertations ne doivent pas servir de prétexte à la conclusion d’accords destinés à satisfaire les ambitions de quelques dirigeants. Elles doivent plutôt permettre de traiter les problèmes qui affectent le fonctionnement des institutions et fragilisent la cohésion nationale.

Cette distinction intervient dans un contexte où les appels au dialogue politique soulèvent des interrogations sur les objectifs réels des différentes initiatives de concertation.

Le RDPR entend ainsi défendre une démarche dans laquelle le dialogue serait un instrument de résolution des problèmes nationaux, et non un mécanisme de négociation de postes ou de répartition des responsabilités institutionnelles.

La formation politique appelle, en conséquence, à des garanties démocratiques claires et à un processus dont les résultats puissent répondre aux attentes de la population.

Au-delà des discussions entre dirigeants, le véritable enjeu demeure, selon cette orientation, la capacité des acteurs politiques à proposer des solutions susceptibles de renforcer les institutions, de préserver l’ordre constitutionnel et de consolider la stabilité du pays.

« La nation au-dessus des ambitions personnelles »

Dans sa déclaration, Blaise Malonda Diulu rappelle que l’intérêt national doit primer sur les calculs individuels et les stratégies partisanes.

« La RDC est au-dessus de nos personnes. La nation est au-dessus de nos ambitions », souligne le président national du RDPR.

Cette formule résume la ligne défendue par le parti : aucun acteur politique, qu’il soit issu de l’ancienne majorité ou du pouvoir actuel, ne devrait placer ses intérêts personnels au-dessus des préoccupations collectives.

Le RDPR reconnaît à Joseph Kabila le droit de participer au débat national et de formuler des propositions. Il refuse néanmoins que son statut d’ancien président lui confère, de fait, une légitimité exclusive dans la recherche d’une solution à la crise.

Le même principe, selon la logique de cette déclaration, doit s’appliquer aux dirigeants actuellement aux affaires, appelés eux aussi à rendre compte de leurs choix et à privilégier l’intérêt général.

Cette exigence de responsabilité partagée constitue l’un des principaux arguments avancés par le parti pour défendre un dialogue qui ne soit ni une confrontation entre camps politiques ni une négociation réservée aux personnalités les plus influentes.

Un appel à la responsabilité collective

À travers cette prise de position, le RDPR entend inscrire le débat sur la crise congolaise dans une perspective institutionnelle et républicaine.

Son plaidoyer repose sur trois exigences : le respect de l’ordre constitutionnel, la responsabilité de l’ensemble des acteurs politiques et l’organisation d’un dialogue national inclusif susceptible de produire des solutions durables.

Reste à savoir dans quelle mesure les différentes forces politiques et sociales pourront s’accorder sur les modalités d’un tel processus, ses participants, ses objectifs et les garanties nécessaires à sa crédibilité.

Dans un environnement politique marqué par des divergences profondes sur l’avenir du pays, la question centrale demeure celle de la capacité des protagonistes à dépasser leurs intérêts immédiats pour construire un compromis national.

Pour le RDPR de Blaise Malonda Diulu, une sortie de crise durable ne saurait reposer sur un chèque en blanc accordé à une personnalité, ni sur des arrangements conclus au sommet de l’État. Elle doit plutôt s’appuyer sur des institutions crédibles, une responsabilité politique assumée et un dialogue dont les résultats répondent aux aspirations du peuple congolais.

Au fond, le parti pose une question essentielle : comment construire un consensus national durable si les responsabilités du passé, les exigences du présent et les attentes de la population ne sont pas abordées dans un même cadre de discussion ?

Marie Christophe KABUNDA LUABA

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