
L’exploitation des ressources minières dans le territoire de Luiza est désormais au cœur d’une offensive institutionnelle au Kasaï-Central. Réunie en plénière ce mercredi 4 novembre 2026, l’Assemblée provinciale a adopté deux résolutions majeures à la suite de la présentation du rapport de sa commission d’enquête parlementaire sur les activités minières dans cette partie de la province. Parmi les mesures préconisées figure la suspension de toutes les activités d’exploitation minière dans le territoire de Luiza, dans l’attente d’un nouvel examen approfondi des pratiques dénoncées.

La décision intervient dans un contexte marqué par de nombreuses préoccupations autour de la gestion des ressources naturelles, notamment les accusations d’exploitation clandestine, la présence d’opérateurs étrangers, les soupçons de non-respect des dispositions du Code minier ainsi que les risques socio-économiques liés à certaines activités extractives.
Une suspension générale réclamée à l’exécutif provincial
Après la présentation du rapport de la commission d’enquête parlementaire et sa déclaration de recevabilité par la plénière, les députés provinciaux ont décidé de saisir le gouverneur de province afin qu’il ordonne la suspension de toutes les activités d’exploitation minière dans le territoire de Luiza.
Cette première résolution traduit la volonté des élus provinciaux de faire face aux irrégularités signalées sur plusieurs sites miniers et de remettre de l’ordre dans un secteur dont les retombées économiques et sociales demeurent au centre des préoccupations.
La deuxième résolution prévoit la mise en place d’une nouvelle commission spéciale. Celle-ci aura pour mission d’auditionner toutes les personnes citées dans le rapport d’enquête et de présenter à la plénière un condensé de ses conclusions.
Cette démarche devrait permettre aux élus de confronter les différents témoignages, d’établir les responsabilités éventuelles et de disposer d’éléments supplémentaires avant toute autre initiative institutionnelle.
Sept sites miniers passés au peigne fin
Instituée en mars 2026 sur décision de la plénière, la commission d’enquête était composée de quatre députés provinciaux : Joseph Kangoji, Benjamin Bambi, Papy-Noël Kanku et Yvon Kamponde.
Sa mission d’investigation, menée au mois de mai 2026, faisait suite à plusieurs dénonciations faisant état de pratiques présumées irrégulières dans l’exploitation des ressources minières à Luiza.
Au cours de leurs investigations, les membres de la commission ont effectué des descentes sur sept sites miniers répartis dans différents secteurs du territoire.
Il s’agit notamment de Kayembe et Sankaji, dans le secteur de Loatshi ; Lueta Poste, dans le secteur de Kabelekese ; Sambuyi et Mbangu, également dans le secteur de Loatshi ; Kalenga Manyi, dans le secteur de Bushimaie ; ainsi que Kabanda Musefu, dans le secteur de Lusanza.
Ces différentes visites de terrain ont permis aux enquêteurs de recueillir des informations sur les conditions d’exploitation, les acteurs présents sur les sites et les mécanismes utilisés dans certaines opérations minières.
Des étrangers, de fausses coopératives et des personnalités influentes cités
Parmi les éléments les plus préoccupants rapportés par la commission figure la présence présumée d’exploitants artisanaux étrangers, notamment des ressortissants russes et tanzaniens.
Le rapport évoque également l’implication présumée de certaines personnalités influentes dans les activités minières ainsi que l’existence d’un système de fausses coopératives, présenté comme l’un des mécanismes facilitant des pratiques échappant au contrôle réglementaire.
Ces révélations soulèvent des interrogations sur l’encadrement de l’exploitation artisanale, la régularité des autorisations, le respect de la législation minière et la capacité des services compétents à assurer un contrôle efficace des activités sur le terrain.
Au-delà des aspects purement économiques, ces préoccupations renvoient à une question fondamentale : comment garantir que les richesses naturelles du Kasaï-Central profitent réellement aux populations locales, plutôt que de devenir une source d’enrichissement pour des réseaux opérant en marge des règles établies ?
Guy Sabangu Kashala appelle à la discipline minière
Prenant position à l’occasion de cette séquence parlementaire, le président de l’Assemblée provinciale du Kasaï-Central, Guy Sabangu Kashala, a insisté sur l’impératif d’instaurer la discipline dans l’exploitation des ressources minières.
Pour le responsable de l’organe délibérant, les ressources naturelles dont regorge la province doivent constituer un véritable levier de développement et contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations.
L’enjeu dépasse ainsi la seule question de la poursuite ou de l’arrêt des activités minières. Il concerne également la gouvernance du secteur, la transparence dans l’attribution des droits d’exploitation, le respect des textes légaux et la redistribution équitable des bénéfices issus des ressources naturelles.
Un nouveau test pour la gouvernance minière provinciale
Avec ces deux résolutions, l’Assemblée provinciale place désormais l’exécutif provincial devant ses responsabilités et ouvre une nouvelle étape dans le dossier minier de Luiza.
Reste à savoir comment le gouverneur donnera suite à la demande de suspension et quelles conclusions seront tirées des auditions annoncées. La mise en œuvre effective de ces recommandations constituera un indicateur important de la capacité des institutions provinciales à faire respecter la réglementation minière.
Dans une province où les ressources naturelles sont susceptibles de représenter un puissant moteur de croissance, le défi est désormais de transformer le potentiel minier en véritables opportunités de développement, dans un cadre légal, transparent et bénéfique aux communautés locales.
Gilbert Kabongo