RDC – Dialogue national : Christian Mwando dénonce « une vaste kermesse » et doute d’une adhésion de l’opposition au schéma de Tshisekedi

Kinshasa, 28 août 2026 — Le projet de dialogue national annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise. Dans les rangs de l’opposition, Christian Mwando Nsimba, cadre d’ et président du groupe parlementaire du parti à l’Assemblée nationale, affiche de sérieuses réserves sur le format présenté par le chef de l’État.

Réagissant à l’adresse à la Nation de Félix Tshisekedi du jeudi 27 août, l’ancien ministre du Plan estime que le dispositif annoncé ne serait pas, en l’état, de nature à apporter une réponse durable à la crise sécuritaire et politique qui secoue la République démocratique du Congo.

« Ce que propose le président Tshisekedi est une vaste kermesse qui ne va pas mettre un terme au conflit », a déclaré Christian Mwando.

Le caractère « inclusif » au cœur des interrogations

Pour Christian Mwando, l’une des principales difficultés réside dans la conception même du dialogue. Le responsable d’Ensemble relève notamment l’absence, dans le discours présidentiel, du terme « inclusif », alors que cette notion avait été largement associée aux précédentes annonces relatives au processus de dialogue.

« Vous constaterez avec moi que le terme inclusif n’a plus été utilisé », a-t-il fait remarquer.

Cette nuance sémantique traduit, selon lui, une évolution importante du projet présidentiel. Dans son analyse, un dialogue appelé à contribuer à la résolution de la crise congolaise devrait reposer sur un cadre négocié et accepté par les différentes parties prenantes, plutôt que sur une architecture définie principalement par le pouvoir.

Radio Okapi avait déjà relevé, en juillet, que l’idée d’un dialogue national avait suscité des réactions diverses de la classe politique, de la société civile et des différents camps concernés par la crise congolaise.

Mwando questionne l’articulation avec le processus de Doha

Autre interrogation soulevée par le cadre d’Ensemble : la coexistence entre le dialogue national annoncé à Kinshasa et les négociations engagées à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23.

Christian Mwando ne comprend pas pourquoi certaines questions abordées dans le cadre de Doha ne pourraient pas être discutées dans le cadre du dialogue national.

« Qu’est-ce qui est dit à Doha qui ne peut pas être dit au dialogue ? », s’est-il interrogé.

Cette question intervient alors que le processus de Doha demeure l’un des principaux cadres de négociation autour de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Radio Okapi rapportait notamment, le 24 août, que Kinshasa et l’AFC/M23 s’étaient accordés sur une feuille de route pour la suite de leurs négociations.

Pour Mwando, la multiplication des cadres de discussions risque de poser un problème de cohérence si les différents processus ne sont pas clairement articulés.

« Je doute fort que l’opposition adhère au schéma proposé »

Au-delà de ses critiques sur le contenu du dialogue, Christian Mwando anticipe également des difficultés pour obtenir l’adhésion de l’opposition.

« Je doute fort que l’opposition adhère au schéma proposé », a-t-il affirmé.

Cette position illustre les divergences qui apparaissent déjà autour de l’initiative présidentielle. Si certains acteurs politiques saluent la volonté de rechercher une solution politique à la crise, d’autres réclament davantage de garanties sur le format, les participants, les règles de fonctionnement et surtout les résultats attendus.

Le débat ne porte donc plus uniquement sur la nécessité ou non d’un dialogue, mais également sur qui doit y participer, sous quelles conditions et avec quel mandat.

Une crise qui dépasse le simple cadre institutionnel

Pour Christian Mwando, la question fondamentale reste celle de l’efficacité du processus. Réunir les acteurs politiques autour d’une table ne suffirait pas, selon lui, à mettre fin à une crise qui comporte des dimensions sécuritaires, politiques, institutionnelles et régionales.

Le cadre d’Ensemble considère ainsi que le dialogue devrait permettre d’aborder les causes profondes du conflit et de déboucher sur des engagements susceptibles de produire des effets concrets sur le terrain.

Cette lecture rejoint les interrogations déjà exprimées par plusieurs acteurs de l’opposition sur la portée réelle de l’initiative présidentielle. Des réserves portent notamment sur la capacité du processus à réunir l’ensemble des protagonistes concernés par la crise.

Le dialogue désormais au centre du débat politique

Après l’adresse présidentielle du 27 août, le dialogue national s’impose progressivement comme l’un des principaux sujets du débat politique en RDC. Le chef de l’État entend lancer un processus de consultations devant aboutir à des assises nationales, tandis que ses détracteurs réclament un cadre véritablement consensuel.

La sortie de Christian Mwando montre, en tout cas, que l’adhésion de l’opposition est loin d’être acquise. Pour Ensemble pour la République, la réussite du processus dépendra moins de la tenue matérielle des assises que de leur capacité à réunir les différentes parties autour d’un mécanisme crédible, suffisamment représentatif et capable de s’attaquer aux racines de la crise.

Le bras de fer autour du format du dialogue national ne fait donc que commencer.

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