
Kinshasa — La contestation prend une nouvelle tournure au sein des conseils communaux en République démocratique du Congo. Des conseillers communaux ont entamé, jeudi 8 octobre 2026, un sit-in devant le cabinet du ministère des Finances, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa, pour dénoncer la retenue présumée de 50 % des frais de fonctionnement destinés aux institutions communales de plusieurs provinces du pays.
À travers cette mobilisation, les élus locaux entendent obtenir des explications des autorités financières et exiger le versement intégral des fonds prévus pour le fonctionnement de leurs institutions. Leur mouvement devrait s’étendre sur 21 jours et 21 nuits, selon les organisateurs, qui veulent maintenir la pression jusqu’à ce que leurs revendications soient prises en considération.
Au cœur de leur démarche : une question qu’ils jugent essentielle pour la gouvernance locale, celle de la disponibilité effective des ressources financières inscrites au budget de l’État et destinées aux conseils communaux.
Une retenue de 50 % dénoncée dans 24 provinces
Réunis devant le ministère des Finances, les manifestants affirment que les frais de fonctionnement alloués aux conseils communaux ne seraient pas intégralement versés dans plusieurs provinces. Ils dénoncent une retenue de 50 % qui, selon eux, pénalise directement les institutions locales et entrave l’exercice de leurs responsabilités.
Cédric Tumusifu, président national de la Commission de suivi et de paie des conseillers communaux, a expliqué que cette mobilisation vise à obtenir le respect des allocations budgétaires prévues par le gouvernement.
« Le Collectif des conseillers communaux a décidé d’organiser ce sit-in de 21 jours et 21 nuits ici, devant le cabinet du ministère des Finances, pour exiger le respect du budget et dénoncer la retenue de 50 % des frais de fonctionnement alloués par le gouvernement à toutes les provinces », a-t-il déclaré.
Élu de la ville de Goma, Cédric Tumusifu soutient que cette situation concernerait 24 provinces, tandis que Kinshasa et l’Ituri feraient exception, les allocations y étant, selon ses affirmations, intégralement respectées.
Ces accusations placent la question de la répartition et de l’exécution des dépenses publiques au centre du débat. Les manifestants souhaitent notamment que les autorités compétentes apportent des éclaircissements sur les mécanismes de décaissement et sur les raisons de la différence qu’ils disent constater entre les provinces.
À ce stade, les griefs avancés par le collectif restent ceux des manifestants et appellent des clarifications de la part du ministère des Finances.
Des institutions locales confrontées à des difficultés de fonctionnement
Pour les conseillers communaux, la retenue dénoncée ne constitue pas une simple question comptable. Elle aurait des conséquences concrètes sur le fonctionnement quotidien des organes délibérants au niveau communal.
Les frais de fonctionnement concernés servent notamment à couvrir les dépenses liées aux bureaux, aux indemnités des conseillers, au personnel d’appoint et au personnel politique, ainsi qu’à l’organisation des séances plénières.
Une réduction des ressources effectivement disponibles risque, selon les élus mobilisés, de compliquer la tenue régulière des réunions, de limiter les moyens logistiques et de fragiliser le fonctionnement administratif des conseils communaux.
Or, ces institutions sont appelées à participer à la gestion des affaires locales et à exercer leurs attributions au plus près des populations. Pour les manifestants, leur permettre de fonctionner normalement suppose que les moyens financiers prévus à cet effet soient effectivement mis à leur disposition.
Le collectif entend ainsi faire comprendre aux autorités que le financement des institutions communales ne devrait pas être considéré comme une dépense secondaire, mais comme une condition nécessaire à l’exercice de la démocratie locale.
Le collectif réclame une audience avec le ministre des Finances
Au-delà de la mobilisation, les conseillers communaux souhaitent être reçus par le ministre des Finances afin de lui présenter les éléments sur lesquels ils fondent leurs accusations.
Cédric Tumusifu estime que le membre du gouvernement pourrait ne pas être pleinement informé de la situation dénoncée. Le sit-in vise donc également à porter directement le dossier à son attention et à obtenir une réponse officielle.
« Nous venons manifester pour que nous puissions le rencontrer et lui montrer, avec preuves à l’appui, que les 24 provinces sont marginalisées », a-t-il affirmé.
Cette demande d’audience constitue l’une des principales attentes du collectif. Les élus espèrent qu’un échange avec le ministre permettra de clarifier les modalités de mise à disposition des fonds, d’identifier les éventuelles responsabilités et de trouver une solution à leurs revendications.
En annonçant une présence de 21 jours et 21 nuits devant le cabinet ministériel, les organisateurs affichent leur volonté de maintenir leur action dans la durée. Reste à savoir quelle réponse les autorités financières apporteront à cette mobilisation et si un dialogue permettra de désamorcer les tensions.
La gouvernance locale au cœur du bras de fer
Cette contestation remet en lumière les défis auxquels sont confrontées les institutions de proximité en RDC, où la décentralisation repose notamment sur la capacité des entités territoriales à exercer leurs compétences et à répondre aux besoins des citoyens.
Les conseillers communaux occupent une place importante dans ce dispositif. À travers leurs fonctions délibératives et de contrôle, ils participent à la gestion des affaires communales et au suivi des actions menées au bénéfice des populations.
Mais l’exercice effectif de ces responsabilités dépend aussi de la disponibilité des moyens matériels, administratifs et financiers nécessaires au fonctionnement des organes concernés.
Pour les élus mobilisés à Kinshasa, le respect des allocations budgétaires constitue dès lors un enjeu qui dépasse leurs intérêts professionnels. Ils le présentent comme une exigence de transparence dans la gestion des finances publiques et une condition du bon fonctionnement des institutions locales.
Le sit-in annoncé pour trois semaines ouvre ainsi un nouveau front de revendications autour du financement des conseils communaux. L’issue de cette mobilisation dépendra notamment de la capacité des parties à établir les faits, à clarifier les circuits de décaissement et à apporter une réponse aux préoccupations exprimées par les élus.
À Kinshasa, les conseillers communaux attendent désormais des explications et des actes. Leur revendication est claire : obtenir la libération intégrale des frais de fonctionnement qu’ils estiment leur être dus et garantir aux institutions communales les moyens nécessaires à l’accomplissement de leurs missions.
Marie Christophe KABUNDA