
Kinshasa — Alors que les tensions politiques autour de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, alimentent les débats en République démocratique du Congo (RDC), des voix s’élèvent pour mettre en garde contre les conséquences d’un nouvel embrasement du pays. Parmi elles, celle de Fiston Ekila, juriste, inspecteur, défenseur des droits de l’homme et analyste politique indépendant, qui dénonce le recours à la rébellion comme moyen de conquête ou de contestation du pouvoir.
Dans une prise de position marquée par un attachement affiché aux principes démocratiques, Fiston Ekila exprime son incompréhension face à ce qu’il considère comme une évolution préoccupante de la trajectoire politique de Joseph Kabila. Pour lui, l’ancien chef de l’État, qui a dirigé le pays pendant plusieurs années avant de céder le pouvoir à Félix Tshisekedi, ne devrait pas être associé à une dynamique susceptible de replonger la RDC dans un nouveau cycle de violences.
Son message est sans ambiguïté : le Congo a besoin de paix, de dialogue et d’institutions solides, et non d’un nouveau champ de bataille.
Joseph Kabila, de l’alternance pacifique à la controverse politique
Pour comprendre la portée de sa réaction, Fiston Ekila revient sur l’héritage politique de Joseph Kabila, notamment son départ de la présidence et la première alternance pacifique du pouvoir entre deux présidents élus dans l’histoire récente du pays.
Aux yeux de certains Congolais, cette transition avait constitué un moment important dans la consolidation du processus démocratique. Malgré les controverses qui ont entouré le scrutin de décembre 2018, la passation du pouvoir entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi avait nourri l’espoir d’une évolution progressive vers une culture politique fondée sur les institutions et le respect des mécanismes électoraux.
C’est précisément cette référence à l’alternance qui rend aujourd’hui la situation particulièrement préoccupante aux yeux de Fiston Ekila.
L’analyste affirme n’avoir jamais imaginé que l’ancien président puisse être associé à une démarche insurrectionnelle. Il y voit une contradiction avec l’image que certains observateurs avaient retenue de son départ du pouvoir.
Pour lui, l’expérience congolaise devrait plutôt servir de référence aux générations politiques actuelles et futures : les différends politiques, même profonds, ne devraient pas nécessairement conduire à la confrontation armée.
Cette évolution, estime-t-il, doit interpeller l’ensemble de la classe politique congolaise sur la fragilité des acquis démocratiques et sur la nécessité de préserver les mécanismes pacifiques de résolution des conflits.
« La RDC n’a plus besoin de conquérir le pouvoir par les armes »
Au cœur de la réaction de Fiston Ekila se trouve une conviction : la rébellion ne peut constituer une réponse durable aux désaccords politiques.
Le juriste rejette l’idée selon laquelle la lutte armée pourrait représenter une voie légitime pour accéder aux responsabilités publiques ou exercer une pression sur les institutions. À ses yeux, une telle démarche expose directement les populations aux conséquences d’une crise dont elles ne maîtrisent ni les objectifs ni les modalités.
Dans un pays marqué par des décennies de conflits armés, particulièrement dans sa partie orientale, la perspective d’une nouvelle confrontation constitue un sujet de préoccupation majeur.
Les conséquences de ces conflits dépassent largement les affrontements militaires. Elles se traduisent par des déplacements de populations, des pertes en vies humaines, la destruction des moyens de subsistance, l’affaiblissement des services publics et le ralentissement des activités économiques.
Fiston Ekila estime que la RDC ne peut durablement se développer si les ambitions politiques continuent de se traduire par des affrontements armés.
« Le pays est en voie de reconstruction. Nous avons besoin de la paix et d’une classe politique à la hauteur de la grandeur de la RDC afin de développer cet État », fait-il valoir.
À travers cette déclaration, il rappelle que la stabilité politique ne devrait pas être considérée comme une faveur accordée à la population, mais comme une exigence fondamentale pour permettre au pays de répondre aux attentes de ses citoyens.
Le pouvoir se conquiert dans les urnes, pas sur les champs de bataille
Pour Fiston Ekila, la question dépasse la seule personnalité de Joseph Kabila. Elle concerne plus largement la conception que les responsables politiques se font de l’accès au pouvoir dans un État qui se veut démocratique.
Selon lui, les élections doivent demeurer le principal mécanisme de conquête des responsabilités publiques. Les divergences politiques, les contestations des décisions institutionnelles et les désaccords avec les dirigeants en place doivent pouvoir s’exprimer à travers les voies légales.
Cette position implique également, selon son analyse, que les institutions garantissent les libertés fondamentales, que les citoyens puissent exprimer leurs opinions et que les acteurs politiques disposent de mécanismes crédibles pour contester les décisions qu’ils jugent injustes.
La démocratie ne se limite donc pas à l’organisation périodique des élections. Elle suppose également le respect des règles du jeu, la responsabilité des dirigeants et la possibilité de résoudre les crises sans recourir à la violence.
Dans cette perspective, Fiston Ekila met en garde contre les risques d’une banalisation de la lutte armée dans le débat politique congolais.
Pour lui, lorsqu’un acteur politique considère les armes comme une alternative aux mécanismes démocratiques, c’est l’ensemble de l’édifice institutionnel qui risque d’être fragilisé.
Il appelle ainsi les responsables politiques à faire preuve de retenue et à privilégier les voies pacifiques, même lorsque les désaccords paraissent insurmontables.
Les ambitions individuelles ne doivent pas sacrifier l’intérêt général
Au-delà de la controverse politique, Fiston Ekila place la population congolaise au centre de son argumentation.
Il déplore que des ambitions personnelles puissent contribuer à exposer le territoire national à de nouvelles violences, alors que les attentes sociales demeurent considérables.
Dans plusieurs régions du pays, les citoyens aspirent à une amélioration de leurs conditions de vie, à un meilleur accès aux services publics, à la création d’emplois, à la sécurité et à des perspectives économiques plus prometteuses.
Dans ce contexte, une nouvelle crise armée risquerait de détourner les ressources publiques des priorités nationales et d’aggraver la précarité de populations déjà confrontées à de nombreuses difficultés.
L’analyste appelle donc les dirigeants à distinguer leurs ambitions personnelles de l’intérêt supérieur de la nation.
Son raisonnement est simple : aucune ambition politique ne devrait justifier que des Congolais soient contraints de fuir leurs maisons, que des familles perdent leurs proches ou que des communautés entières vivent dans la peur.
Il invite ainsi la classe politique à mesurer le coût humain de ses choix et à faire de la préservation de la paix une responsabilité collective.
La Constitution comme boussole de l’action politique
Pour étayer son argumentation, Fiston Ekila se réfère également à la Constitution de la République démocratique du Congo, dont l’article premier définit notamment le pays comme un État de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc.
Il considère que ces principes doivent constituer une référence permanente pour les responsables politiques, quelles que soient leurs divergences ou leurs ambitions.
L’État de droit suppose que les citoyens comme les dirigeants soient soumis aux règles juridiques. Le caractère démocratique de la République implique, quant à lui, que l’exercice du pouvoir s’inscrive dans un cadre institutionnel et respecte les mécanismes prévus par la Constitution et les lois.
Dans cette logique, la recherche de solutions pacifiques ne devrait pas être perçue comme un signe de faiblesse politique, mais comme une manifestation de responsabilité envers la nation.
Fiston Ekila appelle ainsi les acteurs politiques à faire prévaloir le dialogue, le respect des institutions et la recherche de compromis sur les stratégies susceptibles d’entraîner le pays dans une nouvelle spirale de violence.
Il estime que la consolidation de la démocratie congolaise dépendra notamment de la capacité des dirigeants à traduire ces principes en actes.
Un appel à la responsabilité collective face aux risques d’escalade
Dans son intervention, le juriste adresse également un message à la population congolaise. Il l’invite à faire preuve de discernement face aux discours politiques et à ne pas perdre de vue les conséquences humaines des conflits armés.
Pour lui, la paix ne peut reposer uniquement sur les décisions des dirigeants. Elle nécessite également une prise de conscience collective, le rejet de la violence comme mode de règlement des différends et un attachement partagé aux valeurs démocratiques.
Il appelle les Congolais à défendre une conception de la politique fondée sur la confrontation des idées plutôt que sur l’affrontement armé.
Cette exigence apparaît d’autant plus importante que les crises politiques peuvent rapidement dépasser les ambitions de leurs initiateurs et affecter durablement l’ensemble de la société.
Fiston Ekila insiste donc sur la nécessité de prévenir toute nouvelle escalade susceptible de compromettre la stabilité du pays.
Son appel s’adresse aussi bien aux responsables politiques qu’aux institutions et aux citoyens : la préservation de la paix doit demeurer une priorité nationale.
« Vous voulez accéder au pouvoir ? Battez-vous dans les urnes »
En conclusion, Fiston Ekila résume sa position par un appel direct aux acteurs politiques congolais.
« Vous voulez accéder au pouvoir ? Il faut vous battre dans les urnes afin de l’obtenir. C’est la voie que le pays a choisie », insiste-t-il en substance.
Derrière cette formule se dessine une interpellation plus large sur l’avenir de la démocratie en RDC : les ambitions politiques peuvent-elles s’affranchir des règles institutionnelles sans mettre en péril la stabilité nationale ?
Pour le juriste, la réponse passe par le respect des mécanismes démocratiques, la responsabilité des dirigeants et le refus de faire de la population la principale victime des rivalités politiques.
Sa prise de position intervient dans un contexte où les enjeux sécuritaires et les tensions autour de l’ancien président Joseph Kabila occupent une place importante dans le débat public. Toutefois, les circonstances précises de la rébellion évoquée et les responsabilités des différents protagonistes doivent être établies à partir d’informations vérifiées.
Une conviction demeure au centre du message de Fiston Ekila : la République démocratique du Congo ne pourra construire durablement son avenir en reproduisant les violences qui ont marqué son histoire.
Pour lui, le véritable combat des dirigeants devrait être celui de la paix, du développement et de la consolidation des institutions. Car, au-delà des rivalités politiques, c’est l’avenir de millions de Congolais qui est en jeu.
Marie Christophe Kabunda