
Assemblée nationale – Le bras de fer entre la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando et le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, franchit un nouveau cap. Ce vendredi 23 octobre 2026, l’élue de Mont-Amba a officiellement déposé une motion de défiance contre le membre du gouvernement, à la suite d’un débat parlementaire marqué par des interrogations sur la gestion de 57 millions de dollars américains alloués par la Banque africaine de développement (BAD) à l’entrepreneuriat agricole des jeunes.
L’affaire, qui met en jeu la transparence dans la gestion des financements publics et l’efficacité des politiques de soutien à la jeunesse, s’invite désormais au cœur du contrôle parlementaire. Pour Hermione Bolumbe, les explications fournies par le ministre n’ont pas permis de dissiper les zones d’ombre entourant l’utilisation de cette enveloppe destinée à soutenir les jeunes entrepreneurs congolais dans le secteur agricole.
Désormais formalisée, la démarche de l’élue ouvre une nouvelle séquence politique dont l’issue dépendra des suites réservées à cette motion au sein de la Chambre basse du Parlement.
57 millions de dollars : des financements agricoles sous surveillance parlementaire
Au centre de cette controverse figure le Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), un programme financé par la Banque africaine de développement pour favoriser l’insertion socio-économique des jeunes en République démocratique du Congo.
À travers ce projet, les autorités entendent encourager la création d’entreprises agricoles, faciliter l’accès des jeunes aux financements et développer des activités génératrices d’emplois dans plusieurs filières, notamment l’agriculture, l’élevage, la pisciculture et la transformation agroalimentaire.
L’enveloppe financière concernée s’élève à 57 millions de dollars américains, soit un montant considérable au regard des besoins de financement des jeunes entrepreneurs congolais.
Mais au-delà du volume des ressources mobilisées, c’est la question des résultats concrets du programme qui suscite aujourd’hui des interrogations.
Combien de jeunes ont-ils effectivement bénéficié de ces financements ? Combien d’entreprises ont-elles été créées ? Quels montants ont été décaissés et quelles réalisations peuvent être vérifiées sur le terrain ?
Ce sont autant de questions auxquelles la députée Hermione Bolumbe Bakando souhaitait obtenir des réponses précises avant de décider de porter le dossier devant l’ensemble de la représentation nationale.
Des explications ministérielles qui n’ont pas convaincu l’élue
Le mercredi 21 octobre 2026, Muhindo Nzangi avait été appelé à répondre à une question orale avec débat initiée par la députée nationale.
Au cours de cette séance plénière, les échanges ont principalement porté sur l’état d’avancement du PEJAB, l’utilisation des ressources mises à disposition par la BAD et les résultats obtenus dans le cadre de ce programme.
Face aux préoccupations soulevées par les députés, le ministre d’État a défendu la gestion du projet, affirmant que les fonds étaient toujours disponibles et que les décaissements se poursuivaient progressivement, au fur et à mesure de la présentation et de la validation des plans d’affaires des jeunes bénéficiaires.
Muhindo Nzangi a également déclaré que 1 107 jeunes avaient déjà bénéficié d’un financement dans le cadre de ce programme.
Le membre du gouvernement a, par ailleurs, évoqué les contraintes liées aux accords conclus avec les bailleurs de fonds, qui encadrent l’utilisation des ressources et limitent les possibilités de réorientation des financements vers des activités ou des provinces qui ne seraient pas prévues dans les dispositions initiales.
Ces explications n’ont toutefois pas satisfait l’initiatrice de la question orale.
Pour Hermione Bolumbe, le débat parlementaire n’a pas permis d’obtenir les éclaircissements attendus sur la traçabilité des fonds, les réalisations du projet et l’ampleur réelle de son impact sur l’entrepreneuriat des jeunes.
Estimant que ses principales préoccupations étaient restées sans réponses convaincantes, l’élue a décidé de franchir une nouvelle étape en engageant une procédure de défiance contre le ministre.
Des soupçons de détournement au cœur de la controverse
L’affaire a pris une dimension supplémentaire lorsque la députée a évoqué l’existence présumée d’une alerte administrative concernant la gestion des fonds.
Selon Hermione Bolumbe Bakando, une note attribuée au directeur de cabinet du chef de l’État aurait attiré l’attention sur des soupçons de détournement portant sur les 57 millions de dollars américains destinés au programme agricole.
L’élue réclame ainsi davantage de transparence sur l’utilisation de ces ressources et sur les mécanismes mis en place pour garantir que les financements parviennent effectivement aux bénéficiaires ciblés.
Cette accusation constitue l’un des principaux éléments avancés pour justifier sa démarche parlementaire.
Il convient cependant de souligner que les soupçons de détournement évoqués par la députée ne constituent pas, à eux seuls, une preuve de culpabilité. Leur établissement nécessite des vérifications documentaires, des audits éventuels et, le cas échéant, les conclusions des instances compétentes.
De son côté, Muhindo Nzangi a affirmé devant les députés que les fonds étaient disponibles et que leur décaissement se poursuivait progressivement.
Le débat porte donc désormais autant sur la gestion financière du PEJAB que sur la capacité du ministère à apporter des éléments vérifiables concernant les dépenses engagées, les bénéficiaires financés et les résultats obtenus.
Hermione Bolumbe passe de l’interpellation à la motion de défiance
En déposant officiellement sa motion de défiance ce vendredi 23 octobre, Hermione Bolumbe Bakando donne une traduction institutionnelle à son désaccord avec le ministre de l’Agriculture.
L’initiative fait suite à plusieurs jours de confrontation politique, amorcée lors de la question orale avec débat et prolongée par l’annonce de la motion au lendemain de la séance.
Pour la députée, l’exercice du contrôle parlementaire ne saurait se limiter à des échanges en plénière sans que les préoccupations soulevées reçoivent des réponses jugées suffisamment précises.
Sa démarche vise ainsi à porter la responsabilité politique du ministre devant ses collègues députés et à obtenir des explications supplémentaires sur la gestion du programme financé par la BAD.
Cette initiative place également l’Assemblée nationale face à ses responsabilités en matière de contrôle de l’action gouvernementale.
Reste à connaître les suites qui seront réservées à la motion, notamment son examen par les instances compétentes de la Chambre basse et les étapes parlementaires susceptibles de conduire à un vote.
Le dépôt du document ne signifie donc pas, à lui seul, que le ministre est déchu de ses fonctions. Son avenir politique dépendra de l’évolution de la procédure et de la position des députés appelés à se prononcer.
L’entrepreneuriat des jeunes, principal enjeu de cette bataille politique
Au-delà de l’affrontement entre une élue nationale et un membre du gouvernement, cette affaire soulève une question essentielle : quel bilan concret la RDC peut-elle présenter dans l’utilisation des financements destinés à l’autonomisation économique de sa jeunesse ?
Dans un pays où l’agriculture est régulièrement présentée comme un levier majeur de diversification économique, de création d’emplois et de lutte contre la pauvreté, les programmes d’accompagnement des jeunes entrepreneurs sont particulièrement attendus.
Les ressources mobilisées par la BAD sont censées contribuer à transformer cette ambition en réalisations tangibles : des entreprises viables, des emplois créés, des activités agricoles développées et des revenus durables pour les bénéficiaires.
Pour que ces objectifs deviennent une réalité, la disponibilité des financements doit s’accompagner d’une gestion rigoureuse, d’une traçabilité des dépenses et d’une évaluation transparente des résultats.
C’est précisément sur ces questions que les explications du ministère sont désormais attendues.
La publication des données détaillées sur les décaissements, l’identité institutionnelle des structures bénéficiaires, les projets financés et les résultats obtenus pourrait contribuer à éclairer le débat et à distinguer les éventuelles irrégularités des difficultés ordinaires d’exécution d’un programme de cette ampleur.
Un test de transparence pour le ministère de l’Agriculture
Le dépôt de cette motion de défiance marque une nouvelle étape dans le dossier des 57 millions de dollars de la BAD.
Pour Hermione Bolumbe Bakando, l’enjeu est d’obtenir des réponses qu’elle estime ne pas avoir reçues lors de la séance plénière du 21 octobre. Pour Muhindo Nzangi, les déclarations faites devant les députés constituent la position qu’il a défendue sur la disponibilité des fonds et la progression des financements accordés aux jeunes.
Entre les deux positions, la nécessité d’établir les faits demeure centrale.
L’évolution de la procédure parlementaire permettra de déterminer si cette affaire débouche sur une sanction politique ou sur de nouvelles explications concernant l’exécution du PEJAB.
Une certitude demeure : la gestion des 57 millions de dollars destinés à l’entrepreneuriat agricole des jeunes est désormais au cœur d’une controverse nationale. Au-delà du sort politique de Muhindo Nzangi, c’est la question de la redevabilité dans l’utilisation des ressources consacrées au développement qui se trouve posée devant la représentation nationale.
Rédaction : ALERTENEWS