
À Kananga, l’arrestation de l’élu communal Simon Pierre Kapepula provoque une levée de boucliers au sein de ses pairs. Dénonçant des traitements qu’ils qualifient d’inhumains et une atteinte à la dignité de leur collègue, les conseillers communaux du Kasaï Central réclament sa libération sans condition et interpellent le gouvernement sur le respect des droits des élus locaux.
KANANGA, Kasaï Central — La tension monte entre les conseillers communaux du Kasaï Central et les services de police à la suite de l’arrestation de Simon Pierre Kapepula, présenté comme étant toujours détenu dans un cachot de la police, selon les déclarations de ses collègues.
Indignés par les circonstances de cette arrestation et par les traitements qui lui auraient été infligés, les élus communaux sont sortis de leur silence. Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme une humiliation infligée à l’un des leurs et exigent que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Au-delà du sort de Simon Pierre Kapepula, cette mobilisation remet au centre du débat les rapports entre les forces de l’ordre et les représentants élus au niveau local, mais aussi la question du respect des procédures légales lors de l’interpellation d’un élu communal.
Prenant la parole au nom de ses pairs, Benoît Belangenyi Tshitenge, coordonnateur provincial du collectif des conseillers communaux du Kasaï Central, a exprimé son indignation face au comportement reproché aux éléments de la police.
Une arrestation qui suscite colère et indignation
Pour Benoît Belangenyi Tshitenge, la mission première de la police consiste à protéger les citoyens, à garantir leur sécurité et à maintenir l’ordre public. Une responsabilité qui, selon lui, doit impérativement s’exercer dans le respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine.
« La police est censée nous protéger et nous sécuriser », a-t-il rappelé, dénonçant le traitement que son collègue aurait subi.
Dans sa déclaration, le coordonnateur provincial déplore notamment les conditions dans lesquelles Simon Pierre Kapepula aurait été traité, estimant qu’un élu du peuple ne devrait pas être exposé à des pratiques humiliantes contraires aux principes de respect de la personne humaine.
Pour les conseillers communaux, cette affaire ne saurait être considérée comme un simple incident entre un citoyen et les services de sécurité. Elle soulève, à leurs yeux, des interrogations sur la manière dont les représentants des institutions locales sont traités lorsqu’ils sont confrontés à la justice ou à la police.
Toutefois, les circonstances exactes de l’arrestation, les faits qui lui sont reprochés ainsi que la version des autorités policières n’ont pas été précisés dans la déclaration rapportée.
Immunités des élus communaux : le collectif invoque la loi
Au cœur de la controverse figure également la question du statut juridique des conseillers communaux et des garanties dont ils peuvent bénéficier dans l’exercice de leurs fonctions.
S’appuyant sur l’article 120 de la loi n° 08/016 du 7 octobre 2008 portant composition, organisation et fonctionnement des entités territoriales décentralisées, Benoît Belangenyi Tshitenge estime que les autorités concernées doivent agir dans le strict respect des dispositions légales applicables aux élus communaux.
« Est-ce que la police n’est pas informée que les élus communaux ont des immunités parlementaires ? », s’est-il interrogé.
Cette question traduit les préoccupations du collectif quant au respect des garanties juridiques susceptibles de s’appliquer aux représentants locaux.
Il convient néanmoins de distinguer les immunités parlementaires au sens strict des éventuels privilèges de juridiction prévus par les textes applicables aux élus communaux. La portée exacte de ces protections, ainsi que leur application au cas de Simon Pierre Kapepula, doivent être appréciées à la lumière des dispositions légales pertinentes et des circonstances précises de l’affaire.
Pour le collectif, le principe reste clair : aucune procédure engagée contre un élu ne devrait justifier le mépris des règles de droit ni porter atteinte à sa dignité.
Même en présence d’un différend ou d’une infraction présumée, les autorités compétentes sont tenues d’agir conformément à la loi. Le statut d’un élu ne saurait constituer une autorisation d’échapper à la justice, pas plus qu’une arrestation ne saurait justifier des traitements dégradants.
Le collectif réclame une libération sans condition
Face à ce qu’ils considèrent comme une situation préoccupante, les conseillers communaux du Kasaï Central formulent une revendication sans ambiguïté : la libération sans condition de leur collègue Simon Pierre Kapepula.
Les élus affirment que celui-ci est toujours détenu dans un cachot de la police et demandent que sa situation soit examinée avec diligence.
Leur démarche vise également à attirer l’attention des autorités nationales sur la nécessité de garantir le respect des droits des élus locaux et d’assurer que les interventions des forces de sécurité s’effectuent dans le cadre légal.
Dans cette perspective, le collectif interpelle directement le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, l’invitant à s’impliquer personnellement afin de faire la lumière sur cette affaire.
Il attend notamment que les circonstances de l’arrestation soient clarifiées, que les éventuels abus dénoncés soient examinés et que les responsabilités soient établies, si des irrégularités sont confirmées.
Cette interpellation place ainsi le ministère de l’Intérieur devant une question essentielle : comment garantir l’autorité de la police tout en veillant à ce que ses agents respectent scrupuleusement les lois de la République et les droits des citoyens ?
Le précédent Johnny Tshiabwala ravive les inquiétudes
Dans sa prise de position, Benoît Belangenyi Tshitenge affirme par ailleurs que le cas de Simon Pierre Kapepula ne serait pas isolé.
Il évoque notamment un précédent impliquant l’honorable Johnny Tshiabwala, qui aurait, lui aussi, subi un traitement similaire.
Cette référence renforce les inquiétudes exprimées par le collectif, qui redoute que de tels incidents traduisent des difficultés plus profondes dans les relations entre les services de sécurité et les représentants des citoyens au niveau communal.
À ce stade, les éléments disponibles ne permettent toutefois pas d’établir un lien entre les deux situations ni de vérifier indépendamment les faits évoqués concernant Johnny Tshiabwala.
Pour les conseillers communaux, ces préoccupations justifient néanmoins une attention particulière des autorités compétentes, afin que toute accusation d’abus fasse l’objet d’un examen approprié.
Le collectif souhaite ainsi que les garanties prévues par la législation soient connues et respectées par tous les acteurs concernés, particulièrement ceux investis d’une mission de maintien de l’ordre.
« Nul n’est censé ignorer la loi » : un rappel adressé aux forces de l’ordre
Dans la conclusion de sa déclaration, Benoît Belangenyi Tshitenge insiste sur l’obligation faite à chacun de connaître et de respecter les lois de la République.
« Nul n’est censé ignorer la loi », rappelle-t-il, en appelant les forces de l’ordre à exercer leurs missions dans le respect des textes en vigueur.
Pour le coordonnateur provincial, la police ne peut pleinement remplir sa mission de protection que si ses interventions s’inscrivent dans le cadre légal et respectent les droits fondamentaux des personnes concernées.
Cette exigence ne signifie pas que les élus communaux seraient soustraits à toute responsabilité devant la justice. Elle implique plutôt que les éventuelles poursuites engagées contre eux soient conduites conformément aux règles applicables, sans arbitraire ni atteinte à leur dignité.
Dans un État de droit, le respect de la loi doit en effet s’imposer aussi bien aux citoyens qu’aux autorités chargées de son application.
Une affaire qui interpelle sur l’État de droit au niveau local
Au Kasaï Central, la mobilisation des conseillers communaux autour du cas de Simon Pierre Kapepula dépasse désormais la seule question de sa détention. Elle remet en débat la place des élus locaux dans le fonctionnement des institutions, les garanties juridiques qui encadrent leur mandat et les mécanismes de contrôle des interventions policières.
L’enjeu est double : permettre aux services de sécurité de remplir efficacement leurs missions et garantir que leurs interventions respectent les droits de toute personne interpellée.
La clarification des circonstances de cette arrestation apparaît donc essentielle pour éviter que les accusations formulées par les élus ne donnent lieu à une escalade entre les institutions concernées.
La libération réclamée par le collectif, l’examen des conditions de détention et la prise de position des autorités compétentes sont désormais au cœur des attentes exprimées par les conseillers communaux.
Reste à savoir quelle suite sera réservée à leur démarche et si le ministère de l’Intérieur interviendra pour éclaircir les faits dénoncés à Kananga.
Car, au-delà du cas de Simon Pierre Kapepula, une question fondamentale demeure : comment consolider l’autorité de l’État sans compromettre les droits des citoyens ni les garanties légales accordées aux représentants élus ?
Une réponse claire des autorités pourrait contribuer à apaiser les tensions et à rappeler un principe essentiel : dans un État de droit, nul ne devrait être au-dessus de la loi, mais nul ne devrait non plus être exposé à l’arbitraire.
Source : déclaration de Benoît Belangenyi Tshitenge, coordonnateur provincial du collectif des conseillers communaux du Kasaï Central.
Rédaction