RDC – Mines : à Kolwezi, l’État resserre l’étau sur le commerce du cuivre et du cobalt, les creuseurs artisanaux en première ligne

LUALABA | Les autorités congolaises intensifient leur contrôle sur la circulation et la commercialisation des minerais dans la province du Lualaba. À Kolwezi, plusieurs camions transportant du cuivre et du cobalt, interceptés sur différents axes routiers, ont été immobilisés au centre de négoce de Musompo. Objectif affiché : vérifier la conformité des documents, renforcer la traçabilité des cargaisons et lutter contre la fraude minière. Mais cette opération intervient dans un climat social tendu, marqué par les revendications des creuseurs artisanaux, qui réclament la réouverture des comptoirs d’achat.

Derrière ces contrôles se dessine un enjeu majeur pour la République démocratique du Congo : mieux maîtriser l’exploitation et la commercialisation de ses ressources minières, tout en évitant que les mesures de régulation ne fragilisent davantage les revenus des milliers de personnes qui dépendent de l’exploitation artisanale du cobalt.

Musompo, au cœur d’une opération de contrôle renforcée

L’opération menée dans le Lualaba a conduit à l’interception de plusieurs camions chargés de minerais, notamment sur l’axe de Samukinda. Les véhicules ont ensuite été acheminés vers le centre de négoce de Musompo, à Kolwezi, où une commission provinciale a été chargée d’examiner les documents des propriétaires et de vérifier la régularité du transport des substances minérales.

Selon les informations rapportées par la presse locale, cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts engagés par les autorités pour lutter contre la fraude minière et améliorer la traçabilité du cuivre et du cobalt, deux ressources stratégiques pour l’économie congolaise.

Au cours du week-end précédant la publication de l’information, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saïni, s’est rendue sur le site avec une délégation venue de Kinshasa. Celle-ci comprenait notamment le directeur général adjoint de la Direction générale de migration (DGM), le directeur général adjoint de l’Entreprise générale du cobalt (EGC), un conseiller du chef de l’État ainsi que des responsables des services de sécurité.

Cette présence témoigne de l’importance accordée par les autorités nationales et provinciales à la surveillance des circuits d’approvisionnement en minerais.

L’objectif est de distinguer les opérateurs qui respectent les dispositions légales de ceux dont les activités pourraient présenter des irrégularités. Les propriétaires des camions concernés ont ainsi été convoqués afin de présenter leurs documents et de permettre aux services compétents de procéder aux vérifications nécessaires.

Pour les autorités, l’enjeu ne se limite donc pas à l’immobilisation de quelques véhicules. Il s’agit de mieux contrôler les mouvements de minerais, depuis leur origine jusqu’à leur destination commerciale.

Le CEEC mobilisé pour vérifier la composition des minerais

Au-delà du contrôle administratif et sécuritaire, la mission a également mis l’accent sur la dimension technique de la certification minière.

La délégation a visité le laboratoire du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales (CEEC), installé à Musompo.

Selon les informations publiées par LePoint.cd, le directeur technique du centre, Daniel Mbayo, a présenté les capacités d’analyse de cette infrastructure, équipée pour examiner jusqu’à 92 éléments chimiques.

Le laboratoire peut notamment contribuer à déterminer la composition des minerais, à détecter certains éléments présents à l’état de traces et à évaluer la pureté des substances analysées.

Ces capacités sont importantes dans une filière où la connaissance précise de la composition des cargaisons constitue un élément essentiel de leur évaluation commerciale et de leur certification.

En renforçant les contrôles documentaires et les analyses techniques, les autorités disposent ainsi de plusieurs moyens pour mieux suivre les flux miniers et limiter les risques de fraude.

Toutefois, l’efficacité de ce dispositif dépendra aussi de la transparence des procédures, de la coordination entre les services concernés et de la capacité à appliquer les mêmes exigences à l’ensemble des opérateurs.

L’EGC, un instrument stratégique pour encadrer le cobalt artisanal

La participation de l’Entreprise générale du cobalt à cette opération n’est pas anodine.

Créée en 2019 et liée à la Gécamines, l’EGC a pour mission de structurer l’achat et la commercialisation du cobalt issu de l’exploitation artisanale en République démocratique du Congo.

Son rôle consiste notamment à favoriser une chaîne d’approvisionnement mieux organisée, fondée sur la traçabilité des minerais et l’encadrement des acteurs autorisés.

L’entreprise publique cherche ainsi à faire émerger un circuit commercial plus transparent, susceptible de répondre aux exigences des acheteurs internationaux en matière de conformité et d’origine des minerais.

Les chiffres du premier semestre 2026 illustrent le poids croissant de cette structure. Selon les données rapportées par LePoint.cd, l’EGC a exporté 3 531 tonnes de cobalt contenu dans 9 948 tonnes d’hydroxyde de cobalt. Sur un total national de 41 140 tonnes de cobalt contenu exportées durant la même période, sa part représente environ 8,6 %.

Ces chiffres montrent que le cobalt artisanal encadré peut occuper une place commerciale significative. Ils soulignent également l’importance des mécanismes de contrôle pour assurer la crédibilité de cette filière.

Mais la structuration du secteur reste confrontée à une difficulté majeure : comment organiser durablement l’activité artisanale sans priver les exploitants de leurs moyens de subsistance ?

Les creuseurs artisanaux réclament la réouverture des comptoirs

C’est précisément sur ce terrain que les tensions se cristallisent.

Le durcissement des contrôles dans les entités de traitement et les comptoirs d’achat de minerais intervient alors que de nombreux creuseurs artisanaux dénoncent la réduction de leurs possibilités de commercialisation.

Le 19 octobre, des manifestations ont été signalées dans plusieurs quartiers de Kolwezi, notamment à Kasulo, à l’UCK, à Kanina, à Musonoie, à Kazembe et sur l’axe T17.

Les manifestants réclamaient notamment la réouverture des comptoirs d’achat et la mise en œuvre effective des zones d’exploitation artisanale promises par les autorités.

La fermeture de certains circuits de commercialisation complique, selon les informations rapportées, l’écoulement des minerais extraits par les exploitants artisanaux. Lorsque les possibilités de vente se réduisent, les conséquences sont immédiates pour les ménages qui dépendent directement de cette activité.

Des incidents ont également été rapportés pendant ces manifestations, avec des véhicules caillassés, des pneus brûlés et l’intervention de la police, notamment au moyen de gaz lacrymogènes dans certains secteurs.

Cette situation révèle une tension profonde entre deux impératifs : d’un côté, la volonté de l’État de faire respecter la législation minière ; de l’autre, la nécessité de préserver les revenus des populations vivant de l’exploitation artisanale.

Pour les creuseurs, le contrôle ne peut constituer une solution durable si les circuits légaux de vente restent difficilement accessibles.

Les zones d’exploitation artisanale, une réponse encore attendue

La question des zones d’exploitation artisanale (ZEA) demeure au centre des préoccupations.

Présentées comme une solution pour organiser les activités des creuseurs en dehors des concessions industrielles, ces zones doivent permettre de mieux encadrer l’extraction, de clarifier les droits d’exploitation et de faciliter le suivi de la production.

Le gouvernement a annoncé la mise à disposition de 33 zones d’exploitation artisanale. Cependant, leur ouverture effective, leur aménagement et leur accessibilité restent des enjeux majeurs pour les exploitants concernés.

À Kamilombe, les autorités du Lualaba ont notamment proposé la ZEA n° 371 comme solution de remplacement. Mais des creuseurs contestent cette alternative, notamment en raison de l’éloignement du site et des interrogations sur son potentiel minier.

À Kasulo, la ZEA n° 786 a également été présentée comme une possibilité d’accueil pour des milliers d’exploitants artisanaux. Des travaux de préparation et de viabilisation sont nécessaires pour rendre ce type de site opérationnel.

Ces difficultés montrent que la formalisation du secteur ne dépend pas uniquement des contrôles policiers ou administratifs. Elle suppose aussi la disponibilité de sites exploitables, l’existence de circuits d’achat accessibles et des garanties suffisantes pour les travailleurs.

Sans ces conditions, le risque est de voir persister les tensions entre les exploitants artisanaux, les opérateurs miniers et les autorités chargées de faire respecter la loi.

Entre lutte contre la fraude et urgence sociale, quel équilibre pour le Lualaba ?

Pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt, la question dépasse largement les frontières de Kolwezi.

Le cuivre et le cobalt occupent une place stratégique dans l’économie nationale et dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Le cobalt, en particulier, est utilisé dans la fabrication de nombreuses batteries rechargeables, notamment celles destinées aux véhicules électriques et aux équipements électroniques.

La capacité du pays à garantir l’origine de ses minerais, à contrôler leur commercialisation et à lutter contre les circuits illégaux constitue donc un enjeu économique et institutionnel majeur.

Mais la crédibilité de cette politique dépendra également de ses effets sur les communautés locales.

Un système de contrôle efficace doit permettre de sanctionner les infractions établies, sans confondre automatiquement tous les transporteurs, négociants ou exploitants artisanaux avec des acteurs impliqués dans la fraude.

Il doit aussi offrir aux creuseurs des alternatives concrètes, notamment par l’aménagement des zones artisanales et la réorganisation des circuits de commercialisation.

À Musompo, l’immobilisation des camions et la vérification des documents marquent une nouvelle étape dans le renforcement du contrôle minier au Lualaba. Reste à savoir si cette opération débouchera sur un assainissement durable de la filière, tout en permettant aux exploitants artisanaux de poursuivre leurs activités dans un cadre légal et économiquement viable.

Le véritable défi pour les autorités congolaises sera donc de concilier la traçabilité des minerais, la protection des ressources nationales et la préservation des moyens de subsistance des milliers de creuseurs qui vivent du cobalt artisanal.

Source principale :

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