
KINSHASA, 17 août 2026 — Le Parquet général près la Cour de cassation durcit le ton face à la montée des infractions commises dans l’espace numérique en République démocratique du Congo. Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a donné de nouvelles instructions aux officiers de police judiciaire (OPJ) afin de renforcer la lutte contre la cybercriminalité, particulièrement sur les réseaux sociaux.
Selon les informations disponibles ce lundi, le haut magistrat a demandé aux OPJ d’intensifier les investigations portant sur les infractions commises au moyen des technologies de l’information et de la communication. Une orientation qui vise notamment les contenus et comportements susceptibles de tomber sous le coup de la loi pénale.
Les OPJ appelés à agir sans attendre une plainte
L’un des éléments majeurs de ces nouvelles instructions concerne la possibilité pour les OPJ d’intervenir d’office, sans nécessairement attendre le dépôt préalable d’une plainte ou d’une dénonciation.
Cette orientation entend donner davantage de réactivité aux services chargés de constater les infractions et de réunir les premiers éléments nécessaires aux enquêtes judiciaires.
Dans les faits, les publications diffusées sur les plateformes numériques pourront ainsi faire l’objet d’une attention accrue lorsque leur contenu est susceptible de constituer une infraction.
Cette approche intervient dans un contexte où les réseaux sociaux occupent une place centrale dans la circulation de l’information en RDC, mais sont également devenus un espace de propagation rapide de fausses informations, de menaces, d’atteintes à la réputation et d’autres contenus potentiellement répréhensibles.
Une vigilance particulière sur les réseaux sociaux
La nouvelle orientation du parquet intervient alors que les autorités judiciaires congolaises ont déjà, à plusieurs reprises, affiché leur volonté de lutter contre les fausses nouvelles et les contenus susceptibles de troubler l’ordre public.
En décembre 2025, Firmin Mvonde avait notamment donné des instructions aux OPJ et aux magistrats du parquet concernant les auteurs présumés de fausses informations liées à la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Le parquet avait alors mis en garde contre la diffusion de contenus susceptibles de provoquer la panique au sein de la population.
En juin 2026, à la suite des incidents survenus lors d’un sit-in de l’opposition devant le Palais du peuple, le procureur général avait également annoncé l’ouverture d’une information judiciaire et appelé à la prudence face à la propagation de rumeurs et d’informations non vérifiées.
La nouvelle instruction du 17 août s’inscrit donc dans une dynamique plus large de renforcement de l’action du ministère public face aux infractions commises ou relayées dans l’espace numérique.
Entre liberté d’expression et respect de la loi
L’intensification de la lutte contre la cybercriminalité intervient toutefois dans un domaine particulièrement sensible : celui de la liberté d’expression et de la circulation de l’information.
Les réseaux sociaux constituent aujourd’hui un important canal d’expression pour les citoyens, les journalistes, les acteurs politiques et la société civile. Leur surveillance accrue par les services judiciaires soulève donc nécessairement la question de l’équilibre entre la répression des infractions numériques et la protection des libertés garanties par la loi.
L’objectif affiché de l’action judiciaire reste, dans ce contexte, de poursuivre les comportements qui constituent effectivement des infractions, et non de criminaliser toute opinion ou critique exprimée en ligne.
La démarche devra ainsi s’appuyer sur des éléments objectifs permettant de caractériser les faits reprochés et d’établir les éventuelles responsabilités pénales.
Le parquet mise sur une action judiciaire plus proactive
Cette instruction traduit également la volonté du procureur général de rendre l’action du ministère public plus proactive face aux nouvelles formes de criminalité.
Les infractions numériques présentent en effet une particularité : leur diffusion peut être instantanée, massive et transfrontalière. Une publication peut atteindre plusieurs milliers de personnes en quelques minutes, tandis que les traces numériques peuvent rapidement disparaître ou être modifiées.
Dans ce contexte, la rapidité des premières constatations et des investigations peut devenir déterminante pour permettre aux enquêteurs de préserver les éléments utiles à la manifestation de la vérité.
Cette logique rejoint, plus largement, les orientations déjà défendues par Firmin Mvonde en matière de lutte contre différentes formes de criminalité. En mai dernier, le procureur général avait notamment appelé à renforcer la lutte contre le blanchiment des capitaux et les flux financiers illicites.
Un nouveau signal adressé aux utilisateurs des réseaux sociaux
À travers ces nouvelles instructions, le parquet général près la Cour de cassation envoie un signal clair : l’espace numérique n’est pas une zone de non-droit.
Les utilisateurs des réseaux sociaux, influenceurs, créateurs de contenus, acteurs politiques, communicants et autres internautes sont ainsi appelés à davantage de vigilance dans leurs publications et leurs partages.
La diffusion d’un contenu trouvé en ligne ne dispense pas nécessairement son auteur ou son relais de toute responsabilité lorsqu’une infraction est constituée. D’où l’importance, pour les internautes, de vérifier les informations avant leur diffusion et d’éviter les contenus susceptibles de porter atteinte aux droits d’autrui ou de violer la législation en vigueur.
Cette offensive judiciaire intervient alors que la justice congolaise cherche à renforcer son efficacité et son autorité dans plusieurs domaines. En juillet, Firmin Mvonde avait notamment échangé avec le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, sur l’évolution de plusieurs procédures judiciaires et sur le fonctionnement de la magistrature.
Avec cette nouvelle instruction, le parquet entend donc renforcer sa présence dans le cyberespace et faire de la lutte contre les infractions numériques l’un des nouveaux fronts de l’action judiciaire en RDC.
REDACTION