Dialogue national en RDC : Martin Fayulu exige la participation de Joseph Kabila et Corneille Nangaa

KINSHASA, 17 août 2026 — Le débat autour du projet de dialogue national inclusif en République démocratique du Congo continue de susciter des prises de position au sein de la classe politique. Martin Fayulu insiste notamment sur la nécessité d’associer Joseph Kabila et Corneille Nangaa, estimant que leur participation est indispensable pour permettre au pays de traiter, directement et sans détour, les questions liées à la crise sécuritaire et politique.

Pour le président de l’ECiDé, ancien candidat à la présidentielle de 2018, aucun acteur ayant joué un rôle majeur dans l’histoire politique récente du pays ne devrait être écarté d’un processus censé rechercher une solution durable à la crise congolaise.

« Kabila a dirigé ce pays, il doit venir expliquer »

Martin Fayulu considère que la participation de l’ancien président Joseph Kabila se justifie notamment par son poids dans l’histoire politique récente de la RDC.

«« La participation de Joseph Kabila et Corneille Nangaa est obligatoire. Kabila a dirigé ce pays, son statut, vous le dites comme vous voulez », a-t-il déclaré.»

Dans son argumentaire, Fayulu revient également sur les accusations portées contre l’ancien président concernant son éventuel rôle dans le conflit actuel. Il estime que ces accusations doivent, si elles sont maintenues, être examinées dans le cadre d’un processus permettant aux personnes concernées de s’expliquer.

«« Ils ont dit que celui qui finance l’AFC/M23, d’accord, il doit venir pour dire pourquoi il l’a fait, et quel est le problème », a-t-il poursuivi.»

Une position qui traduit, selon lui, la nécessité d’aller au fond des différends plutôt que de chercher à les contourner.

Corneille Nangaa également cité

Martin Fayulu insiste aussi sur le cas de Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), devenu depuis l’un des principaux responsables de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

L’opposant estime que le parcours de Nangaa, notamment son rôle dans le processus électoral de 2018, justifie sa présence autour de la table des discussions.

«« Corneille Nangaa, celui qui était président de la CENI, celui qui a proclamé Tshisekedi comme gagnant alors qu’il n’avait que 30 %. Il faut qu’il vienne pour nous dire pourquoi il a pris les armes », a déclaré Martin Fayulu.»

Cette déclaration renvoie directement aux contestations qui avaient marqué l’élection présidentielle de décembre 2018 et dont les conséquences politiques continuent, plusieurs années après, à alimenter les divergences entre les principales forces politiques congolaises.

« Les linges sales se lavent en famille »

Au-delà des considérations politiques, Martin Fayulu appelle à privilégier une démarche fondée sur le pardon et la réconciliation.

L’opposant affirme avoir lui-même été victime d’injustices politiques, mais dit avoir choisi de pardonner afin de favoriser une sortie de crise.

«« Les linges sales se lavent en famille, qu’on se lave. Moi, ils m’ont fait du tort, ils m’ont causé du tort, j’ai pardonné », a-t-il affirmé.»

S’appuyant sur sa foi chrétienne, il ajoute :

«« Un chrétien a deux valeurs : la première, c’est l’amour et la deuxième, le pardon. »»

Pour Fayulu, cette approche devrait également guider les protagonistes de la crise congolaise dans la recherche d’une solution politique.

Nangaa, une position qui inquiète au Katanga

La question de la participation de Corneille Nangaa au processus de dialogue intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement sensible.

Alors que plusieurs voix plaident pour l’implication de toutes les parties prenantes, y compris l’AFC/M23, des propos attribués à Corneille Nangaa suscitent de nouvelles préoccupations, particulièrement dans le sud-est du pays.

L’ancien président de la CENI aurait notamment déclaré :

«« On ne peut stabiliser et protéger Minembwe à partir de Minembwe, mais à partir de Fizi, Baraka, Uvira, Kalemie et surtout Kolwezi et Lubumbashi. »»

Cette déclaration, qui cite explicitement Kolwezi et Lubumbashi, deux grands pôles économiques du Katanga, est susceptible d’alimenter les inquiétudes dans une région déjà très attentive à l’évolution de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.

Elle intervient alors que la question de l’extension géographique de la crise demeure au cœur des préoccupations des autorités et des populations.

Un dialogue appelé à réunir les protagonistes de la crise

En mettant en avant Joseph Kabila et Corneille Nangaa, Martin Fayulu défend donc une conception large du dialogue national : celle d’un espace où les différents protagonistes de la crise congolaise pourraient être entendus, y compris ceux accusés ou soupçonnés d’avoir contribué à son aggravation.

Pour lui, l’objectif ne devrait pas être uniquement de rechercher un compromis entre acteurs politiques traditionnels, mais également de comprendre les causes profondes de la crise, d’établir les responsabilités et de créer les conditions d’une réconciliation nationale.

Cette position rejoint les appels à un dialogue inclusif qui se multiplient dans le pays, alors que la RDC cherche à conjuguer les processus diplomatiques engagés à l’extérieur avec une démarche politique interne.

Reste désormais à savoir quelles personnalités et quelles composantes seront effectivement conviées à cette initiative, et surtout quelles garanties seront mises en place pour permettre une discussion autour des questions les plus sensibles : la sécurité, les groupes armés, les responsabilités dans la crise, les élections, la gouvernance et la réconciliation nationale.

Dans ce contexte, l’appel de Martin Fayulu remet une question centrale au cœur du débat : peut-on parvenir à une paix durable en RDC sans réunir autour de la même table ceux qui se trouvent au cœur des conflits politiques et sécuritaires qui déchirent le pays ?

Pour l’opposant, la réponse est claire : tous ceux qui ont quelque chose à expliquer doivent être présents, afin que les Congolais puissent enfin « laver les linges sales en famille ».

JOSEPH MALABA

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