Tshopo – Nord-Kivu – Maniema : les gouverneurs veulent faire des routes le moteur du désenclavement et de l’intégration régionale

Kisangani, 17 août 2026 — Les provinces de la Tshopo, du Nord-Kivu et du Maniema veulent accélérer leur rapprochement autour d’un enjeu considéré comme stratégique pour leur développement : la réhabilitation et l’ouverture des axes routiers reliant leurs différents territoires.

Réunis depuis le dimanche 16 août à Kisangani, les exécutifs provinciaux entendent donner un nouvel élan à la coopération interprovinciale, avec les infrastructures routières au cœur des échanges. L’objectif est clair : réduire l’isolement de plusieurs territoires, faciliter la circulation des personnes et des marchandises et créer les conditions d’une véritable intégration économique entre ces trois provinces de l’Est et du Nord-Est de la République démocratique du Congo.

Les routes, un préalable au développement

Dans ces provinces vastes et à fort potentiel agricole, minier et commercial, l’état des infrastructures de transport constitue depuis plusieurs années un frein majeur à la circulation des biens et à la dynamisation des économies locales.

Pour les autorités provinciales, désenclaver ne signifie donc pas uniquement construire des routes. Il s’agit également de connecter les bassins de production aux centres de consommation, de faciliter l’accès aux marchés et de réduire les coûts de transport qui pèsent lourdement sur les producteurs et les commerçants.

Au Maniema, cette orientation est déjà visible à travers les efforts engagés sur plusieurs axes routiers. En 2025, plus de 350 kilomètres de routes avaient notamment fait l’objet de travaux sur les axes reliant notamment Kindu à Pangi et Kailo, avec des opérations de débroussaillage, d’abattage d’arbres, de décapage et de construction de caniveaux.

Le gouverneur du Maniema, Moïse Mussa Kabwankubi, avait alors présenté ces travaux comme une étape importante dans la réduction de l’isolement de la province.

Une vision qui dépasse les frontières provinciales

La rencontre de Kisangani traduit surtout la volonté de dépasser les approches isolées. Les difficultés routières d’une province ont en effet des conséquences directes sur ses voisines.

Un axe impraticable entre deux territoires peut bloquer l’écoulement des produits agricoles, ralentir les échanges commerciaux et renchérir considérablement le prix des marchandises.

À l’inverse, une meilleure connexion entre la Tshopo, le Maniema et le Nord-Kivu pourrait ouvrir de nouvelles opportunités aux producteurs locaux et renforcer les échanges entre les différents bassins économiques.

Cette coopération apparaît ainsi comme une tentative de construire progressivement un réseau régional cohérent, plutôt que de multiplier des projets routiers sans connexion entre eux.

La Tshopo au centre de plusieurs corridors

Avec Kisangani comme principal centre urbain et économique, la Tshopo occupe une position stratégique dans cette dynamique.

La province dispose notamment d’importants axes routiers permettant d’envisager une connexion avec les provinces voisines. Mais l’état de certaines routes continue de compliquer les déplacements et l’acheminement des marchandises.

Le désenclavement de la Tshopo pourrait ainsi avoir des effets au-delà de ses frontières, notamment sur les échanges avec le Maniema et les territoires du Nord-Kivu.

La question est d’autant plus importante que les infrastructures routières doivent être pensées en complémentarité avec les voies fluviales et les autres moyens de transport afin de constituer une véritable chaîne logistique régionale.

Au Maniema, priorité aux routes de desserte agricole

Le choix des routes comme levier de développement rejoint également les orientations défendues récemment au Maniema.

En juin 2026, le gouverneur Moïse Mussa Kabwankubi avait mis en avant la nécessité de privilégier les routes de desserte agricole, considérées comme essentielles pour relier les zones de production aux marchés plutôt que de concentrer les efforts uniquement sur le goudronnage des grands axes.

Cette approche répond à une réalité économique : dans plusieurs territoires, les producteurs disposent de récoltes importantes mais peinent à les acheminer vers les centres urbains faute de routes praticables.

Le développement du réseau secondaire apparaît donc comme une priorité au même titre que la modernisation des grands corridors.

Un enjeu économique, mais aussi social

L’amélioration des routes ne concerne pas uniquement le commerce.

Elle doit également faciliter l’accès des populations aux services essentiels, notamment les établissements scolaires et sanitaires, les administrations et les marchés.

Dans les zones rurales enclavées, une route praticable peut réduire considérablement le temps nécessaire pour rejoindre un centre urbain ou évacuer un malade vers une structure de santé.

Elle peut également contribuer à renforcer la présence de l’État dans des territoires où l’éloignement géographique complique l’action administrative.

Vers une stratégie commune ?

La réunion de Kisangani ouvre donc la voie à une réflexion plus large : celle d’une stratégie commune de désenclavement entre la Tshopo, le Nord-Kivu et le Maniema.

Pour produire des résultats durables, cette ambition devra toutefois être accompagnée d’une programmation précise des travaux, d’un mécanisme de financement crédible, d’un entretien régulier des infrastructures et d’une coordination étroite entre les différentes administrations provinciales et nationales.

L’enjeu sera également d’identifier les axes prioritaires susceptibles de produire le plus grand impact économique et social.

Car réhabiliter une route ne suffit pas. Encore faut-il assurer sa maintenance et garantir sa continuité avec les autres réseaux de transport.

Le défi du financement et de l’entretien

L’expérience du Maniema montre que les provinces peuvent également mobiliser des mécanismes locaux pour soutenir l’entretien routier. Des travaux réalisés par l’Office provincial d’entretien routier du Maniema avaient notamment été financés grâce à une taxe conventionnelle, permettant l’ouverture de plusieurs centaines de kilomètres d’axes routiers.

Mais face à l’immensité des territoires concernés, les ressources provinciales risquent de rester insuffisantes.

La réussite de cette ambition dépendra donc aussi de l’implication du gouvernement central, des partenaires au développement et, éventuellement, du secteur privé.

Une ambition régionale à concrétiser

À Kisangani, le message envoyé par les autorités provinciales est en définitive celui d’une volonté de travailler ensemble pour sortir plusieurs territoires de l’isolement.

La Tshopo, le Nord-Kivu et le Maniema disposent de ressources importantes et de populations actives dans l’agriculture, le commerce et d’autres secteurs économiques. Mais sans infrastructures de transport adaptées, une partie de ce potentiel reste difficile à exploiter.

La route apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple ouvrage d’infrastructure : elle devient un instrument d’intégration territoriale, de développement économique et de rapprochement entre les populations.

Reste désormais à transformer les engagements en chantiers concrets.

À Kisangani, les gouverneurs semblent avoir identifié la priorité. Le véritable défi sera de maintenir cette dynamique jusqu’à l’ouverture effective des axes stratégiques reliant la Tshopo, le Nord-Kivu et le Maniema.

REDACTION

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