
Alors que l’exploitation aurifère prend de l’ampleur dans le territoire de Luiza, au Kasaï Central, la question de la gouvernance du secteur minier s’invite au cœur des débats à l’Assemblée provinciale. Le député provincial Stéphane Muanda Malombo plaide pour un meilleur contrôle des recettes minières et une redistribution équitable des retombées de l’exploitation au profit des communautés locales.

L’or de Luiza suscite des interrogations sur la gestion des ressources naturelles au Kasaï Central. Dans cette province du centre de la République démocratique du Congo, l’exploitation minière est désormais au centre d’une controverse politique portant sur la transparence des revenus, le contrôle des activités des opérateurs et les bénéfices réellement perçus par les populations des zones concernées.
À l’Assemblée provinciale, l’honorable Stéphane Muanda Malombo a tenu à clarifier sa position sur l’interpellation du ministre provincial des Mines, initiée par son collègue Joseph Nkashama Kayombo. Pour l’élu de Luiza, cette démarche relève avant tout du contrôle parlementaire et ne saurait être interprétée comme un règlement de comptes personnel.
Derrière cette initiative se dessine, selon lui, une préoccupation essentielle : déterminer ce que l’exploitation de l’or rapporte effectivement à la province et s’assurer que les communautés locales bénéficient des retombées auxquelles elles peuvent légalement prétendre.
Un contrôle parlementaire au service de la transparence
Pour Stéphane Muanda Malombo, l’interpellation d’un membre de l’exécutif provincial constitue un mécanisme de contrôle démocratique dont les députés provinciaux doivent pouvoir faire usage dans le respect des procédures parlementaires.
L’élu insiste notamment sur le rôle de l’Assemblée plénière dans l’examen des initiatives de contrôle, estimant que les démarches engagées doivent s’inscrire dans le cadre institutionnel prévu.
À ses yeux, la question fondamentale ne réside pas dans l’identité du ministre concerné, mais dans la nécessité d’obtenir des réponses précises sur la gestion du secteur minier.
« Aujourd’hui, Luiza est devenue le champ de l’or, mais l’argent passe au-dessus de nos têtes », déplore-t-il, mettant ainsi en évidence le contraste qu’il observe entre l’exploitation des ressources aurifères et le manque de visibilité sur les revenus qui en découlent.
Cette déclaration résume le cœur de son intervention : comment expliquer que l’exploitation minière se développe dans un territoire sans que les institutions provinciales disposent, selon lui, d’informations suffisamment claires sur les recettes générées et leur répartition ?
Le député estime que le ministre provincial des Mines doit apporter des éclaircissements devant les élus, afin de permettre à l’Assemblée provinciale d’exercer pleinement sa mission de contrôle.
L’or de Luiza, des revenus à clarifier
Au-delà de la procédure parlementaire, le débat renvoie à une question économique majeure : la traçabilité des recettes issues de l’exploitation minière.
Pour Stéphane Muanda Malombo, il est indispensable d’identifier les revenus qui reviennent effectivement à la province, de comprendre les mécanismes de leur perception et de vérifier si les obligations imposées aux opérateurs sont respectées.
L’enjeu est également social. Les populations vivant à proximité des sites d’exploitation doivent pouvoir bénéficier des retombées prévues par les textes applicables, notamment lorsque leurs terres, leurs activités économiques ou leur environnement sont affectés par les opérations minières.
L’élu de Luiza entend ainsi replacer la communauté locale au centre des préoccupations. Il plaide pour une gestion plus transparente des ressources naturelles, afin que l’exploitation aurifère ne profite pas uniquement aux opérateurs économiques, mais contribue également au développement des zones concernées.
Cette exigence soulève plusieurs questions : quelles sont les recettes effectivement générées par l’activité aurifère à Luiza ? Quels montants reviennent légalement aux différentes entités concernées ? Les obligations des entreprises sont-elles respectées ? Et quels mécanismes permettent aux communautés locales de faire valoir leurs droits ?
Autant d’interrogations auxquelles les autorités compétentes sont appelées à apporter des réponses documentées.
Des soupçons sur certaines activités minières
Dans son intervention, Stéphane Muanda Malombo affirme que des activités minières auraient été découvertes dans plusieurs zones de Luiza en dehors des mécanismes habituels de contrôle de l’État.
Il évoque également des soupçons de trafic d’influence, de corruption, d’utilisation de documents irréguliers et de détournement potentiel des recettes minières. Il fait par ailleurs état de la présence présumée d’opérateurs ou d’intérêts miniers liés à d’autres provinces, notamment au Lualaba.
Ces déclarations, qui mettent en cause la régularité de certaines activités, appellent toutefois à des vérifications par les services compétents. Les éventuelles responsabilités devront être établies sur la base de documents, d’enquêtes et de procédures régulières.
Si ces soupçons étaient confirmés, ils soulèveraient des interrogations importantes sur la capacité des services de contrôle à assurer la traçabilité de la production aurifère, la régularité des titres et autorisations, ainsi que la perception effective des recettes dues aux pouvoirs publics.
Pour le député provincial, l’urgence est donc de faire toute la lumière sur la situation, dans le respect des institutions et des procédures judiciaires.
« Il n’y a pas un problème personnel » : Muanda Malombo récuse tout règlement de comptes
Conscient des interprétations politiques que peut susciter cette interpellation, Stéphane Muanda Malombo a tenu à dissiper toute ambiguïté sur ses motivations.
Il rappelle que le ministre provincial des Mines est originaire de Luiza et appartient au même regroupement politique que lui. Une proximité qui, selon le député, ne saurait faire obstacle à l’exercice du contrôle parlementaire.
« Il faut retenir que le ministre est de Luiza, moi aussi je suis de Luiza. En plus, il est de mon regroupement politique. Nous devons faire avancer la province du Kasaï Central. Ici, il n’y a pas un problème personnel. Nous cherchons la transparence », a-t-il souligné.
Cette prise de position traduit sa volonté de présenter le dossier comme une question d’intérêt général plutôt que comme un affrontement entre acteurs politiques.
Dans cette logique, l’appartenance territoriale ou politique ne devrait pas constituer un motif pour soustraire la gestion des ressources publiques à l’examen des institutions compétentes.
« Pour moi, je ne vois pas l’individu ministre ni gouverneur. Mon point de vue est que la communauté locale bénéficie », a-t-il insisté.
Le message est clair : pour l’élu, la priorité doit rester la défense des intérêts de la province et des populations directement concernées par l’exploitation minière.
La justice annoncée comme prochain terrain de clarification
Le dossier pourrait également connaître des développements sur le plan judiciaire.
Évoquant ses démarches antérieures, Stéphane Muanda Malombo affirme avoir déposé une plainte auprès de la justice. Il indique qu’après plus de deux mois de déplacement, des invitations devraient être adressées aux personnes concernées afin qu’elles répondent aux questions de la justice.
« Depuis que j’avais déposé une plainte à la justice, il m’attend que je sois de retour car je fais plus de deux mois en déplacement. Cette semaine, l’invitation va descendre sur terrain pour que les concernés viennent répondre devant la justice », a-t-il déclaré.
Cette annonce laisse entrevoir une possible évolution du dossier. Il conviendra néanmoins d’attendre les actes officiels des autorités judiciaires pour connaître les personnes effectivement convoquées, les faits examinés et l’état d’avancement de la procédure.
À ce stade, les accusations et soupçons évoqués par le député ne sauraient être assimilés à des faits judiciairement établis. Les personnes éventuellement concernées bénéficient des garanties prévues par la loi.
Au-delà de la polémique, la question du développement local
L’affaire de Luiza dépasse désormais le seul cadre d’une interpellation parlementaire. Elle remet sur la table une problématique récurrente dans les territoires riches en ressources naturelles de la RDC : comment transformer les richesses du sous-sol en avantages concrets pour les populations ?
La réponse passe notamment par la transparence dans la gestion des recettes, le respect des obligations légales des opérateurs, le renforcement des mécanismes de contrôle et la prise en compte des droits des communautés locales.
Pour le Kasaï Central, l’enjeu est de faire de l’exploitation aurifère un levier de développement plutôt qu’une source durable de contestation.
Cela suppose que les institutions provinciales disposent d’informations vérifiables, que les services compétents assurent un suivi rigoureux des activités minières et que les communautés puissent accéder aux mécanismes leur permettant de réclamer les droits que leur reconnaît la législation.
En mettant en avant la transparence, Stéphane Muanda Malombo entend faire de ce dossier un test de responsabilité pour les autorités provinciales et les acteurs du secteur minier.
À Luiza, la question n’est donc plus seulement de savoir qui exploite l’or, mais aussi de déterminer qui en perçoit les revenus, selon quelles règles et avec quelles retombées pour les populations. C’est autour de cette exigence de redevabilité que se joue désormais une partie du débat sur la gouvernance minière au Kasaï Central.
Gilbert Kabongo